Enquête à Zurich sur la négation du génocide arménien par un ministre turc


GENEVE - Le Ministère public du canton de Zurich a lancé une enquête sur des propos niant le génocide arménien qu'aurait tenus le ministre turc pour l'Union Européenne Egemen Bagis la semaine dernière à Zurich, a indiqué lundi l'agence de presse suisse ATS.

La loi pénale pénale antiraciste suisse réprime la négation du génocide arménien de 1915, que la Turquie ne reconnaît pas.

Nous avons ordonné une enquête de police, a indiqué lundi à l'ATS Andrej Gnehm, du Ministère public zurichois, confirmant une information de la NZZ am Sonntag.

Le ministre turc s'était arrêté à Zurich après s'être rendu au Forum économique mondial de Davos, et avait assisté le 28 janvier à un concert de la chanteuse turque Sezen Aksu.

Selon un journal turc de langue anglaise, le Today's Zaman, le ministre aurait déclaré en marge du concert: Nous sommes en Suisse et je vous dis que les événements de 1915 n'étaient pas un génocide. Qu'ils viennent m'arrêter!.

Pour l'instant, les éléments à disposition sont vagues, a indiqué à l'ATS Christine Braunschweig, la magistrate en charge du dossier. On ne sait pour l'heure pas concrètement ce qui a été dit, a-t-elle ajouté.

La Turquie a réagi en convoquant l'ambassadeur de Suisse à Ankara, Raimund Kunz, au ministère des Affaires étrangères pour lui demander des explications, a rapporté l'agence de presse turque Anatolie.

Au cours de l'entretien, le secrétaire d'Etat turc Feridun Sinirlioglu a signifié à l'ambassadeur qu'un tel incident était inacceptable, a indiqué Anatolie, citant des sources diplomatiques parlant sous le couvert de l'anonymat.

En Suisse, plusieurs personnes ont déjà été condamnées pour avoir nié le génocide arménien. L'une d'entre elles, le nationaliste turc Dogu Perinçek, avait mené l'affaire jusqu'au Tribunal fédéral qui l'avait débouté de son recours en 2007.

Ce nouveau rebondissement intervient alors que le sénat français a voté le 23 janvier une proposition de loi réprimant la négation des génocides reconnus par la France, dont le génocide des Arméniens en 1915-17 dans l'empire ottoman, provoquant la colère d'Ankara. Le texte doit être examiné prochainement par le Conseil constitutionnel.

La Turquie, héritière de l'empire ottoman, ne reconnaît pas le caractère génocidaire des massacres d'Arméniens survenus en Anatolie. Les Arméniens parlent de 1,5 million de morts, Ankara de 500.000 personnes tuées.

(©AFP / 06 février 2012 17h40)

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