Espagne: des dizaines de milliers d'indignés de retour à la Puerta del Sol


MADRID - Des dizaines de milliers d'indignés qui dénoncent depuis des mois le système financier, le chômage ou les coupes budgétaires dans la santé et l'éducation, sont revenus samedi à la Puerta del Sol à Madrid, où était né leur mouvement en mai avant de se propager à travers le monde.

Parce que nous voulons récupérer la démocratie, parce que ce sont toujours les mêmes qui gagnent, proclamaient les pancartes portées par les manifestants rassemblés à Madrid pour la première journée mondiale des indignés, sous le slogan Unis pour un changement mondial.

En Espagne, des manifestations étaient prévues dans 60 villes. A Barcelone, la deuxième ville du pays, les autorités locales ont évalué la foule à 60.000 personnes.

A Madrid, cinq marches parties des quartiers périphériques ont convergé sur la place de Cibeles, dans le centre-ville, avant de se diriger vers la place de la Puerta del Sol, point de départ emblématique du mouvement, occupée au printemps pendant un mois par les indignés espagnols et leur village alternatif.

Dans la soirée, une marée humaine a envahi la place, où les manifestants se sont figés dans un cri muet, symbole de l'oppression, avant d'écouter un orchestre entonner la Neuvième symphonie de Beethoven.

Quelques dizaines de manifestants se sont ensuite allongés par terre, dans un geste symbolisant la mort, au pied de quelques banquiers restés fièrement debout.

C'était le moment où le peuple devait se lever, commente Carmen Martin, une jeune manifestante de 24 ans venue du sud avec des milliers d'autres, au son des tambours. Je suis émue que le mouvement qui est né ici s'étende au monde, ajoute-t-elle.

Je suis venu à cause des attaques qui nous visent de la part de l'Etat, spécialement contre l'enseignement et la santé, pour qu'il y ait une vraie démocratie, explique Emilio Duran, un avocat de 49 ans spécialisé dans les dossiers des conflits du travail, venu dans un cortège parti du nord de Madrid.

Et je suis fier qu'un mouvement de protestation se soit étendu de l'Espagne au reste du monde, ajoute-t-il.

Si vous ne nous laissez pas rêver, nous ne vous laisserons pas dormir, nous ne sommes pas des marchandises, scandaient les manifestants, reprenant plusieurs de leurs slogans favoris. Du nord au sud, de l'est à l'ouest, la lutte continue coûte que coûte, criaient-ils aussi.

Beaucoup d'entre eux portaient des tee-shirts verts, signe de ralliement du mouvement lancé depuis septembre par les enseignants, rejoints par les lycéens et leurs parents, pour protester contre les coupes budgétaires dans l'éducation décidées par plusieurs régions d'Espagne.

Les indignés avaient appelé à manifester samedi dans 951 villes de 82 pays, selon le site 15october.net.

Leur mouvement est né le 15 mai à Madrid, d'une manifestation qui avait rassemblé quelques centaines de citoyens, excédés de supporter les conséquences de la crise, le chômage qui étrangle le pays (20,89%), le pouvoir des banques ou la mainmise des grands partis sur le système électoral.

Dans le monde entier les gens en ont assez qu'on se moque d'eux. Cet élan d'unité me fait penser que oui, un changement de société est possible, a assuré Susana Lopez, une manifestante de 43 ans.

(©AFP / 15 octobre 2011 21h30)


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