France : ouverture d'un procès pour travail dissimulé, sur fond d'Opus Dei


PARIS - Un procès pour travail dissimulé mettant en cause certaines pratiques de la puissante organisation catholique de l'Opus Dei s'est ouvert jeudi après-midi devant le tribunal correctionnel de Paris.

Comparaissent jusqu'à vendredi soir deux membres de l'Opus Dei, ainsi que l'Association de culture universitaire et technique (ACUT), qui gère l'Ecole technique privée d'hôtellerie Dosnon, dans l'Aisne (nord de la France).

Les trois prévenus sont poursuivis pour travail dissimulé et rétribution contraire à la dignité.

Selon l'accusation, ils auraient notamment déclaré un nombre d'heures inférieur à celles effectivement réalisées et obtenu des jeunes élèves mineures de l'Ecole Dosnon ou en état de fragilité psychologique manifeste (...) la fourniture de services non rétribués ou contre une rétribution manifestement sans rapport avec le travail accompli.

A l'origine de la procédure : Catherine Tissier. A 14 ans, son collège conseille à ses parents de la diriger vers l'école d'hôtellerie Dosnon. C'est seulement en fin d'année, à l'occasion d'un film projeté sur le fondateur de l'Opus Dei que les parents de Catherine découvrent que l'école appartient à l'Oeuvre.

L'Opus Dei dément un lien aussi fort avec l'Ecole Dosnon. Selon elle, il se résume à la prise en charge de son aumônerie.

Après avoir passé son diplôme, Catherine dit avoir treize ans durant nettoyé, rangé et servi tous les jours pendant une douzaine d'heures, week-end compris, sans jamais prendre de vacances, ni être correctement payée, dans différents établissements gérés par l'Opus Dei.

En effet, on lui aurait versé un salaire, mais ses directeurs successifs lui auraient demandé de leur signer des chèques en blanc, qu'ils remplissaient ensuite, prétendument pour récupérer des frais d'hébergement ou de librairie.

Plusieurs témoins ont dénoncé jeudi l'emprise sectaire qu'exerce selon eux l'Opus Dei sur certains de ses membres.

La dimension sectaire est évidente pour moi, a ainsi déclaré Blandine Dumont, une jeune femme qui fut un temps secrétaire à l'école hôtelière Dosnon.

Là-bas, on donne tout ce que l'on gagne à Dieu via l'Opus Dei, a-t-elle affirmé, après avoir fait le récit de ses journées qui commençaient à 6 heures du matin et s'achevaient à 22 heures, rythmées par la prière et le travail.

On n'avait pas de temps à nous, pour penser, pour s'amuser. On n'avait pas le droit de sortir le soir, on se pliait à la vie d'un centre (...), on était sous l'emprise, a abondé Anne-Cécile R, une ancienne numéraire auxiliaire, une fonction qui correspond à la prise en charge des tâches ménagères à l'Opus Dei. Elle a dit avoir découvert le plaisir de toucher un salaire après avoir trouvé le courage de quitter l'institution.

Une quinzaine de témoins devraient être entendus au cours du procès.

L'Opus Dei Oeuvre de Dieu, en latin) est une puissante organisation conservatrice catholique fondée en 1928 à Pampelune, en Espagne, par Jose Maria Escriva de Balaguer. Elle compte plus de 80.000 membres à travers le monde dont 1.600 en France, essentiellement des laïcs.

(©AFP / 22 septembre 2011 20h26)