France/éoliennes offshore: gare au favoritisme, disent les Allemands


berlin - La fédération allemande des machines-outils VDMA, qui comprend le secteur des éoliennes, a mis en garde mercredi contre la tentation du favoritisme dans l'attribution de gigantesques marchés d'éoliennes offshore en France, une suspicion fermement rejetée par Paris.

Nous entendons au niveau européen une grande inquiétude, qui serait que la France crée un précédent en favorisant son industrie pour les appels d'offres publics, a dit à l'AFP un porte-parole de la puissante fédération.

Il n'y a eu et il n'y aura aucun favoritisme dans cette procédure d'appel d'offres, qui est ouverte, transparente, et non discriminatoire, a répliqué un porte-parole du ministère français de l'Energie, interrogé par l'AFP sur ces inquiétudes allemandes.

L'ensemble des offres seront examinées dans le strict respect des règles européennes en vigueur, a-t-il ajouté.

Le porte-parole du VDMA a reconnu que l'organisation avait demandé une expertise au niveau européen, qui a conclu que la France ne se rendait pas coupable de violation explicite des règles de la concurrence.

Certains fabricants allemands soupçonnent toutefois Paris de rédiger les appels d'offres de telle manière qu'ils privilégient implicitement les sociétés françaises.

Il faut en particulier faire attention aux clauses qui demandent que les éoliennes soient fabriquées sur place, a dit le porte-parole du VDMA, assurant que l'industrie éolienne d'un pays doit se développer spontanément, pas être développée de force.

Il juge qu'on ne peut exiger des industriels d'ériger des usines dans le pays qui lance les appels d'offres tant qu'ils ne sont pas sûrs d'amortir leur investissement.

Selon le Financial Times Deutschland mercredi, l'allemand Siemens serait ainsi handicapé par le fait qu'il ne veut pas construire d'usines en France, tandis que le fournisseur d'énergie EON aurait décidé de se retirer d'un consortium créé avec deux groupes français (GDF Suez et Vinci) et candidat à un appel d'offres géant.

Le quotidien économique cite par ailleurs au style indirect un porte-parole du fabricant allemand d'éoliennes Nordex, qui explique avoir renoncé à participer aux appels d'offres en France pour cause de favoritisme dissimulé des fabricants français.

Un porte-parole de Nordex interrogé par l'AFP a un peu nuancé ces propos. Il a confirmé que le groupe avait retiré sa participation à un appel d'offres en France car il n'avait aucune chance en ne produisant pas sur place mais a refusé de parler de discrimination.

La taille du marché français ne justifie pas pour l'instant d'y construire une usine d'éoliennes, a-t-il dit, en soulignant que dans de nombreux pays, qu'il s'agisse de l'Espagne, des Etats-unis ou aussi de l'Allemagne, le marché de l'éolien était dominé par les entreprises battant pavillon national.

Mercredi se clôt un appel d'offres géant du gouvernement français qui porte sur l'installation de 500 à 600 éoliennes au large des côtes de la Manche et de l'Atlantique. Cela représente une capacité de production d'électricité de 3.000 mégawatts et cette première tranche doit être suivie d'une deuxième, de taille équivalente.

Des groupements menés par EDF, GDF Suez et le groupe espagnol Iberdrola se sont déclarés candidats à ce premier appel d'offres, qui brille par l'absence d'entreprises allemandes, pourtant très représentées dans le domaine de l'éolien.

Seul le groupe Siemens, auquel GDF Suez fera appel pour équiper en turbines l'un des quatre sites qu'il vise, figure au tableau.

Le numéro un allemand de l'énergie EON, qui a choisi de bouder ce premier appel d'offres, a indiqué à l'AFP qu'il n'excluait pas de participer à la deuxième tranche.

SIEMENS

E.ON

GDF SUEZ

VINCI

NORDEX

EDF

IBERDROLA

(©AFP / 11 janvier 2012 16h43)