France/génocide: conséquences permanentes si la loi est promulguée


PARIS - La Turquie a réitéré lundi sa menace de représailles permanentes contre la France, si la loi pénalisant la négation du génocide arménien adoptée dans la soirée par le Sénat est promulguée dans les prochains jours par l'exécutif.

Si la loi est promulguée (...), les conséquences seront permanentes. La France est en train de perdre un partenaire stratégique, a déclaré à l'AFP le porte-parole de l'ambassade de Turquie à Paris, Engin Solakoglu.

Le Sénat a ratifié lundi soir par 127 voix contre 86 ce texte déjà adopté par l'Assemblée nationale le 22 décembre. Le Sénat ayant voté le texte conforme (sans amendement) il est définitivement adopté par le parlement.

Pour être mise en oeuvre, la loi doit maintenant être promulguée par le président Nicolas Sarkozy qui a soutenu son adoption par le Parlement. Il dispose en principe de 15 jours pour ce faire.

L'ambassadeur de Turquie en France, Tahsin Burcuoglu, va rester en France pour suivre cette dernière étape du parcours législatif de cette proposition de loi. L'ambassadeur reste à Paris mais, si la loi est promulguée, il partira pour une bien longue durée, a déclaré le porte-parole turc, rappelant que l'arsenal de représailles élaboré par Ankara prévoyait un abaissement du niveau de la représentation diplomatique de la Turquie en France.

La proposition de loi, émanant d'une députée de la majorité présidentielle Valérie Boyer, prévoit de punir d'un an de prison et de 45.000 euros d'amende la négation de génocides reconnus comme tels par la loi française, dont le génocide arménien.

Paris a admis en 2001 l'existence d'un génocide d'Arméniens en Anatolie entre 1915 et 1917 (1,5 million de morts selon les Arméniens). Jusqu'à présent la France reconnaît deux génocides, celui des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale et celui des Arméniens, mais ne punit que la négation du premier.

Jusqu'au bout, la Turquie, qui refuse le terme de génocide même si elle reconnaît que des massacres ont entraîné la mort de quelque 500.000 Arméniens, aura tenté de faire pression pour que le Parlement français recule.

Nous avons déterminé au préalable les mesures que nous prévoyons de prendre si ce texte est finalement adopté. Personne ne doit en douter, avait martelé lundi le ministre turc des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu.

Après l'adoption du texte par l'Assemblée nationale fin décembre, Ankara avait gelé sa coopération politique et militaire avec la France, et rappelé son ambassadeur pendant quelques semaines.

(©AFP / 23 janvier 2012 23h27)