Fukushima: la compagnie Tepco de facto nationalisée


TOKYO - La compagnie d'électricité gérant la centrale nucléaire accidentée Fukushima Daiichi, Tokyo Electric Power (Tepco), a été de facto nationalisée mardi, l'Etat devenant son actionnaire majoritaire après une injection dans son capital de 10 milliards d'euros.

Ce plan, annoncé en mai et approuvé en juin par les actionnaires de cette entreprise jusque-là privée, vise à fournir des liquidités à Tepco qui croule sous les dettes et doit faire face aux immenses dépenses entraînées par la catastrophe.

Concrètement, un fonds étatique ad-hoc a injecté 1.000 milliards de yens dans la compagnie (plus de 10 milliards d'euros), en échange d'actions préférentielles émises par Tokyo Electric Power.

Par ce biais, l'Etat possède désormais 50,11% du capital de l'entreprise et dispose de la possibilité de monter à 75,84%, ce qui lui donnerait une majorité qualifiée lui permettant de modifier la structure même du groupe.

Tepco a subi une perte nette colossale de 781 milliards de yens (quelque 8 milliards d'euros) lors de l'année budgétaire 2011-2012.

Elle est non seulement contrainte d'indemniser plus d'un million et demi de victimes du désastre de Fukushima et de procéder à des dépréciations massives d'actifs, mais aussi de continuer à alimenter l'est du Japon, dont Tokyo tokyoïte, en faisant tourner à plein régime ses centrales thermiques.

La compagnie est en effet désormais privée des 17 réacteurs qu'elle faisait tourner avant la catastrophe de mars 2011.

Les quatre unités endommagées de Fukushima Daiichi (nord-est du Japon) sont inutilisables, six autres situées sur le même site ou à proximité ne sont pas certaines d'être relancées et les sept dernières, situées sur les rives de la Mer du Japon (nord-ouest), attendent le feu vert des autorités pour être redémarrées.

Tepco doit en outre débloquer des montants colossaux pour faire face aux dommages subis par ses installations, stabiliser le site de Fukushima Daiichi et à terme, démanteler au moins les quatre réacteurs ayant subi des dégâts.

Mais l'Etat nippon ne peut laisser s'effondrer cette compagnie chargée de l'alimentation électrique de la mégalopole de Tokyo et de ses environs, coeur économique et centre névralgique du pays.

Comme gage de bonne conduite, la compagnie a promis d'économiser plus de 3.300 milliards de yens (près de 33 milliards d'euros) en une décennie, d'oeuvrer dur pour dédommager les sinistrés, démanteler les réacteurs et assurer un approvisionnement stable en électricité.

La catastrophe de Fukushima, la plus grave du secteur depuis celle de Tchernobyl (Ukraine) en 1986, a entraîné d'importations émissions radioactives dans l'air, les sols et les eaux de la région, et obligé une centaine de milliers d'habitants à quitter leur logement.

TOKYO ELECTRIC POWER

(©AFP / 31 juillet 2012 10h59)