Grèce: l'échec de la vente du gaz porte un coup au plan de privatisation


ATHENES - Le naufrage de la privatisation du groupe gazier grec DEPA, après le retrait surprise de l'offre déposée par le géant russe Gazprom lundi, porte un coup à l'ambitieux programme de privatisations grec exigé par les bailleurs de fonds du pays, UE, BCE et FMI.

Déjà en retard sur son calendrier initial de privatisations, qui prévoyait des encaissements de 2,6 milliards d'euros en 2013 pour renflouer l'état grec dans une situation financière toujours fragile, Athènes sera contrainte de reporter de nouveau son objectif.

Le Premier ministre Antonis Samaras a déploré cet échec, en assurant immédiatement qu'un nouvel appel d'offres serait lancé très prochainement. Au cours des mois passés, M. Samaras avait eu au moins trois entretiens à Athènes avec le président de Gazprom, Alexey Miller.

Une source gouvernementale a précisé à l'AFP qu'il y avait du coup très peu de chances que cette énorme privatisation soit finalisée en 2013, réduisant ainsi beaucoup le potentiel de rentrée d'argent dans les caisses grecques.

Plusieurs analystes et la presse grecque, qui faisait ses gros titres sur le sujet mardi matin, imputaient le naufrage à un blocage de Bruxelles. Athènes a été surpris par le retrait de Gazprom, seul candidat important de la deuxième phase de la privatisation de Depa, titrait le quotidien néolibéral Kathimerini.

Salade russe: blocage entre Athènes, Moscou et Bruxelles, titrait Ta Néa, le plus grand tirage du pays, tandis que le quotidien économique Naftémporiki n'excluait pas des répercussions négatives de cet échec sur l'économie en 2013.

M. Samaras a jugé ridicule les spéculations sur l'instauration de nouvelles mesures d'austérité pour compenser le manque à gagner de cette vente ratée, lors d'une conférence de presse après un entretien avec son homologue luxembourgeois Jean-Claude Juncker.

Rappelant que lors de la première phase de la privatisation, DEPA avait suscité un grand intérêt et que la deuxième phase s'était déroulée sans problème, M. Samaras, a révélé que les problèmes étaient apparus ces dernier jours et qu'ils n'avaient rien à faire avec la Grèce.

M. Juncker est resté prudent, en soulignant que si jamais, il s'avère qu'il y avait eu un blocage, ce que je ne sais pas, il faut que la Commission assume ses responsabilités.

A Bruxelles, le porte-parole de la Commission Simon O'Connor a renvoyé la balle aux Grecs en indiquant que la Grèce est la seule responsable du processus de privatisations et en demandant sa relance aussi vite que possible.

Le résultat des privatisations sera abordé lors de l'audit en cours entre les hauts responsables de la troïka à Athènes et le gouvernement grec, compte tenu de l'impact que pourrait avoir ce nouveau retard sur l'ampleur du déficit ou la dette grecs, a-t-il indiqué.

En échange des prêts consentis à la Grèce par la zone euro et le Fonds Monétaire International (FMI), la Grèce s'est engagée à lever 9,5 milliards d'euros (12,4 milliards de dollars) en vendant des actifs d'ici 2016. Ces sommes étaient initialement destinées à la réduction de la dette abyssale du pays.

Or, la seule privatisation importante effectuée jusqu'ici par le pays est la vente, début mai, de 33% du lucratif organisme de paris sportifs Opap au consortium gréco-tchèque Emma Delta, pour 652 millions d'euros.

Le président de l'Agence des privatisations, Stelios Stavridis a admis sur la radio Skaï, qu'il ne s'attendait pas au retrait de Gazprom. Cela prouve la difficulté d'appliquer le plan de privatisations. On imagine qu'il y aura eu des problèmes avec les services de la concurrence de la commission européenne, a-t-il lancé.

Selon Panayiotis Petrakis, professeur d'économie financière à l'université d'Athènes, le facteur géostratégique de l'énergie et la concurrence entre l'UE, les Etats-Unis et la Russie est l'un des facteurs qui explique cet échec.

Un deuxième facteur, selon lui, est la situation financière du groupe. Après cet échec, la Grèce pourrait probablement justifier un prix moins élevé, ce qui va attirer des sociétés américaines ou européennes qui n'étaient pas candidates lors du premier appel offre, accompagné probablement d'un plan d'assainissement de la société.

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(©AFP / 11 juin 2013 14h42)