Hollande fixe une ligne de conduite contre le gaz de schiste


PARIS - En décidant d'annuler sept demandes de permis soupçonnés de viser le sulfureux gaz de schiste, François Hollande a souhaité afficher une ligne de conduite ferme contre l'exploitation de cet hydrocarbure, sujet brûlant de la conférence environnementale.

Ces sept demandes de permis ne mentionnaient pas explicitement les gaz de schiste ni la technique interdite de la fracturation hydraulique, mais l'administration a jugé que ça ne pouvait être que ça, a expliqué un conseiller.

Il s'agit des demandes pour des permis dits de Brignoles (Var), Beaumont-de-Lomagne (Tarn-et-Garonne), Montélimar-extension (Drôme), Valence (Drôme), Lyon-Annecy (Savoie), Montfalcon (Isère) et Cahors (Lot), plusieurs d'entre elles s'étendant aussi à des départements voisins.

Telle sera ma ligne de conduite tout au long de mon quinquennat, a assuré M. Hollande après l'annonce du rejet des demandes.

José Bové, eurodéputé EELV et chef de file des anti-schiste français, s'est réjoui que M. Hollande ait sans ambiguïté fermé la porte aux gaz de schiste.

C'est une décision très positive, ça met fin à une cacophonie suite aux déclarations des industriels, ça met un point final aux explorations, a-t-il souligné en marge de la conférence.

Le précédent gouvernement avait déjà annulé l'an dernier trois permis qui avaient été dûment accordés --à Total notamment-- et visaient le gaz de schiste. Mais près d'une centaine d'autres demandes de permis --qui ne visent pas explicitement les hydrocarbures de schiste-- étaient toujours en cours d'instruction par l'administration.

Les sept demandes rejetées étaient restées en suspens parce qu'elles ne mentionnaient pas explicitement l'utilisation de la fracturation hydraulique et des gaz de schiste, c'est pour cela qu'elles n'ont pas été annulées dans les premières phases, selon l'entourage du président.

Mais l'analyse qui en a été faite par rapport à la profondeur à laquelle ils souhaitaient (forer) faisait que ça ne pouvait être que ça, selon un conseiller.

Inquiétudes

Les sept demandes avaient été déposées par Total (une demande) et trois autres sociétés (Schuepbach, BNK France, 3Legs Oil&Gas, deux chacune).

La France, qui abriterait parmi les plus grands gisements d'Europe de gaz de schiste, est devenue en juillet 2011 le premier pays à interdire la fracturation hydraulique. Cette technique consiste à briser les roches souterraines contenant le gaz naturel en injectant sous très forte pression un mélange d'eau, de sable et de produits chimiques.

Mais le fracking, déclencheur d'un boom des gaz de schiste aux Etats-Unis, suscite énormément d'inquiétudes.

Dans l'état actuel de nos connaissances, personne ne peut affirmer que l'exploitation des gaz et huiles de schiste par fracturation hydraulique, seule technique aujourd'hui connue, est exempte de risques lourds pour la santé et l'environnement, a fait valoir François Hollande.

Les déclarations du président laissent peu de marge de manoeuvre aux pétroliers, qui espéraient faire avancer leur cause ce vendredi et samedi lors des tables rondes de la conférence environnementale, ou en tout cas d'éviter que le débat soit fermé à double tour.

Face à une opinion publique largement hostile, les pétroliers se contentent de demander la nomination d'une commission d'étude visant à des explorations expérimentales de gaz.

Selon une projection publiée vendredi par le cabinet SIA Conseil, l'exploitation des gaz de schiste pourrait permettre de créer au moins 100.000 emplois en France d'ici 2020.

L'ancien ministre de l'Industrie Christian Estrosi a lui réclamé vendredi une commission d'enquête parlementaire. Avec plus de 3 millions de chômeurs, pouvons-nous nous passer de cette nouvelle industrie ?, a-t-il fait valoir.

(©AFP / 14 septembre 2012 14h45)