Hongrie: limogeage du rédacteur en chef des médias publics


BUDAPEST - Deux responsables des médias publics hongrois, dont le rédacteur en chef Daniel Papp, ancien porte-parole du parti d'extrême droite Jobbik, ont été relevés de leurs fonctions, a annoncé jeudi MTVA qui regroupe la radio-télévision publique et l'agence de presse MTI.

Istvan Böröcz, directeur général de la Fondation publique pour la fourniture des médias (MTVA), a relevé jeudi de ses fonctions Daniel Papp, le rédacteur en chef des informations des médias publics, a annoncé sur son site en ligne MTVA qui est contrôlé par le gouvernement conservateur du Premier ministre Viktor Orban.

La raison du limogeage de Daniel Papp est la faute professionnelle grave commise dans les émissions d'informations du 3 décembre de la télévision publique qui a porté atteinte au droit à la personnalité de Zoltan Lomnici, ancien président de la Cour suprême, explique MTVA.

Le reportage en question floutait le visage de Zoltan Lomnici en donnant l'impression que ce dernier, critique envers le gouvernement de M. Orban, était un personnage douteux.

Outre son rôle antérieur au sein du Jobbik, Daniel Papp avait été accusé en avril de falsification d'une interview avec l'eurodéputé franco-allemand des Verts, Daniel Cohn-Bendit, qui avait fortement critiqué Viktor Orban pour sa loi sur les médias.

Alors que Daniel Papp a été limogé de ses fonctions de rédacteur en chef sans toutefois avoir été licencié --il sera dorénavant responsable de la rubrique faits de société-- Gabor Elö, directeur de l'information de l'agence de presse hongroise MTI, a lui bel et bien été licencié pour la même affaire Lomnici.

Le gouvernement de M. Orban fait l'objet depuis un an de vives critiques en raison d'une loi sur les médias, jugée liberticide par ses détracteurs, et de la nomination de personnes proches du gouvernement au sein de l'autorité de supervision de la presse, tandis que des dizaines de journalistes de l'audiovisuel public ont été soit licenciés, soit mis d'office en pré-retraite.

Les limogeages intervenus jeudi sont un premier succès pour cinq journalistes hongrois en grève de la faim, les premiers depuis le 10 décembre, qui veulent ainsi dénoncer les atteintes à la liberté de la presse dans leur pays.

Ils poursuivent leur grève de la faim car ils réclament le limogeage de trois autres responsables et aussi le licenciement formel de Daniel Papp.

Les grévistes de la faim, avec à leur tête Balazs Nagy Navarro, responsable du Syndicat des personnels de la télévision, ont reçu l'appui de la Fédération européenne des journalistes (FEJ) dans leur lutte contre la manipulation des informations et l'intervention de la politique dans les médias.

L'ONG internationale Freedom House a de son côté critiqué récemment le gouvernement Orban pour son arrogance face aux remontrances de l'ONU, de l'Union européenne, du Parlement européen et de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

(©AFP / 15 décembre 2011 23h41)