Hongrie: un député veut la démission d'une collègue parce qu'elle aurait la nationalité israélienne


BUDAPEST - Un député du parti hongrois d'extrême droite Jobbik a réclamé publiquement jeudi la démission d'une collègue parlementaire en lui reprochant d'avoir la double nationalité hongroise et israélienne.

Cette mise en cause est intervenue quatre jours après des propos antisémites d'un autre député du Jobbik qui avaient suscité une vague d'indignation.

Au cours d'une conférence de presse, Elod Novak, du Jobbik, a déclaré jeudi qu'il était inacceptable que Katalin Ertsey, députée du parti d'opposition LMP, ait la double nationalité israélienne et hongroise, et il a réclamé sa démission.

Plus tard, M. Novak a déclaré au portail d'information Index: Israël a plus de députés au Parlement hongrois qu'il n'en a à la Knesset israélienne.

C'est pourquoi le Parlement hongrois a pris de si nombreuses décisions favorables à Israël, a ajouté le député, sans préciser à quelles décisions il se référait.

Le Jobbik a souvent accusé le gouvernement hongrois d'être trop favorable à Israël.

Les propos de M. Novak interviennent quatre jours après les déclarations antisémites faites lundi par Marton Gyöngyösi, autre député de la même formation d'extrême droite.

M. Gyöngyösi avait déclaré au Parlement qu'il était grand temps d'évaluer le nombre des membres d'origine juive du gouvernement ou du Parlement, qui représentent une certaine menace pour la sécurité nationale.

Devant le tollé, M. Gyöngyösi avait présenté des excuses à ses compatriotes juifs, affirmant que ses propos avaient été mal interprétés et qu'il ne voulait qu'établir une liste des personnes ayant la double nationalité hongroise et israélienne.

Dans la foulée, son collègue du Jobbik Elod Novak a envoyé mercredi à tous les députés hongrois un email les appelant à déclarer publiquement toute double nationalité, dans l'intérêt public selon lui.

Mme Ertsey a répliqué de manière ironique en déclarant qu'elle était citoyenne israélienne et qu'elle avait acheté la citoyenneté hongroise. C'est sur cette base que M. Novak a réclamé sa démission.

Mme Ertsey a ensuite expliqué qu'elle était citoyenne hongroise et qu'elle avait réagi ainsi pour démontrer par le sarcasme l'absurdité de la démarche de M. Novak.

Les propos tenus lundi par M. Gyöngyösi ont suscité une vague d'indignation dans le monde politique hongrois, et une association juive de Hongrie a annoncé qu'elle portait plainte contre le député.

Le gouvernement conservateur du Premier ministre Viktor Orban a été critiqué pour avoir tardé à réagir, mais a publié le lendemain un communiqué condamnant toutes les formes d'extrémisme, de racisme ou d'antisémitisme.

Le parti socialiste DK de l'ancien Premier ministre Ferenc Gyurcsany a réclamé la dissolution pure et simple du Jobbik, qui compte 47 élus au Parlement.

Les associations juives ont organisé pour dimanche une Protestation massive contre le nazisme qui doit se tenir devant le Parlement et lors de laquelle doivent prendre la parole des représentants de la plupart des formations politiques hongroises, dont le Fidesz, au pouvoir.

Le Jobbik a répliqué jeudi dans un communiqué qu'il trouvait pathétique que les partis de gouvernement aient cédé à la pression et prennent part à une large coalition de la gauche.

Depuis le début de l'année, les incidents antisémites se sont multipliés en Hongrie. Le prix Nobel de la Paix et survivant de la Shoah Elie Wiesel a renvoyé en juin une décoration au gouvernement hongrois pour protester contre la réhabilitation d'anciens nazis en Hongrie.

Il y a une semaine, le président du Congrès juif mondial Ronald Lauder a demandé au Premier ministre de se distancier clairement des extrémistes de son pays. Il l'a appelé non seulement à dénoncer ceux qui font campagne contre les Roms, les Juifs et autres minorités, mais aussi à entreprendre des actions efficaces contre ces attaques.

(©AFP / 30 novembre 2012 01h17)