Importante manifestation des syndicats tchèques contre le gouvernement


PRAGUE - Entre 80.000 et 90.000 personnes selon la police ont manifesté samedi dans le centre de Prague à l'appel des syndicats pour protester contre le programme d'austérité lancé par le gouvernement de centre droit de Petr Necas, a constaté un journaliste de l'AFP.

Il n'est pas question de soutenir ces réformes, il faut agir pour les faire abolir, a affirméJaroslav Zavadil, le chef de la principale centrale syndicale du pays, CMKOS, devant une foule impressionnante sur la place Venceslas, principale artère de la ville.

Selon lui, ce rassemblement a mobilisé 120.000 personnes.

Les syndicats et une vingtaine de mouvements de gauche, d'associations d'étudiants et d'écologistes notamment ont participé à cette manifestation, réclamant la démission du gouvernement au pouvoir depuis 2010, sous le slogan Halte au gouvernement!.

Avant d'arriver à la Place Venceslas, les protestataires munis de sifflets, de trompettes et de tambours ont défilé pendant une heure à travers le centre-ville de Prague.

Nous devons nous serrer la ceinture à cause des dettes, mais ce n'est pas nous qui les avons faites, s'est insurgé auprès de l'AFP Jan Kunc, un jeune technicien opérateur de Kadan (nord-ouest).

Le gouvernement procède à des coupes drastiques dans les secteurs de la santé ou de l'enseignement, sans toutefois investir des moyens là où ils sont nécessaires, a déploré Svetlana Raskova, institutrice de Chomutov (nord-est).

Je vote à droite mais je suis contre ces réformes, a-t-elle ajouté avant d'évoquer le montant de son salaire: 800 euros par mois, après 25 ans de travail.

Les manifestants ont dénoncé les mesures d'austérité prises par le gouvernement Necas, dont une hausse de la TVA et son impact sur les prix, le ralentissement de la revalorisation des retraites et les coupes budgétaires dans le secteur public.

Ils ont exigé l'arrêt de la réforme des retraites instaurant un système de fonds de pension privés et de la réforme de l'enseignement supérieur.

Je travaille et j'ai quoi de mon salaire? Les dettes et rien que les dettes. Et au gouvernement, il y a la corruption, s'est plaint Martin, un jeune serrurier de Trutnov (nord).

Je m'oppose surtout à la réforme du système de la santé. Partout il faut payer, la vie est loin d'être facile pour nous autres retraités, a de son côté affirmé Jan Rada, venu de Caslav (centre).

M. Necas a quant à lui fait une déclaration samedi pour défendre les réformes gouvernementales. En tant que Premier ministre, je ressens une grande responsabilité pour que notre pays ne se retrouve pas dans un piège de la dette, a-t-il dit, avant d'inviter les syndicats à un dialogue.

Ce n'est pas le gouvernement qui boycotte les pourparlers, a-t-il affirmé.

De son côté, le ministre des Finances Miroslav Kalousek a récemment justifié la nécessité des réformes en estimant que si nous reculons aujourd'hui, tout le gouvernement sera obligé de procéder d'ici trois ou quatre ans à des mesures largement plus dures et susceptibles de provoquer une plus grande frustration, comme aujourd'hui en Grèce ou en Espagne.

Le gouvernement de centre droit fait actuellement face à une crise qui pourrait déboucher sur des élections anticipées.

La coalition tripartite au pouvoir est constituée de deux partis de droite, l'ODS de Petr Necas et le TOP09 dirigé par le chef de la diplomatie Karel Schwarzenberg, et de la petite formation centriste Affaires publiques (VV), dont la position est à l'origine de la crise actuelle.

(©AFP / 21 avril 2012 15h31)