Istanbul: des milliers de personnes commémorent Hrant Dink, conspuent l'Etat


ISTANBUL - Plusieurs milliers de personnes se sont réunies jeudi dans le centre d'Istanbul pour rendre hommage au journaliste turc d'origine arménienne Hrant Dink, tué cinq ans plus tôt par un jeune nationaliste, et pour conspuer les autorités après le rejet par un tribunal de l'accusation de complot.

Etat assassin, tu devras rendre des comptes, et Main dans la main contre le fascisme, scandaient les manifestants --au moins 5.000 personnes-- aux abords de la place de Taksim en attendant le départ d'un cortège silencieux vers les locaux de l'hebdomadaire bilingue turc-arménien Agos, que dirigeait Dink.

Deux grandes banderoles noires affirmant Nous n'oublierons pas et Nous ne pardonnerons pas marquaient la tête du cortège, où se trouvaient également la veuve du journaliste, Rakel, et ses enfants.

De nombreux manifestants portaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire en turc et en arménien: Nous sommes tous Hrant Dink, nous sommes tous Arméniens.

Hrant Dink a été abattu de deux balles dans la tête le 19 janvier 2007 devant les locaux d'Agos par un jeune nationaliste âgé de 17 ans, un crime qui a bouleversé la Turquie.

L'auteur de l'assassinat, Ogün Samast, a été condamné en juillet dernier à près de 23 ans de prison, et son instigateur, Yasin Hayal, a été condamné mardi à la réclusion à perpétuité.

Mais les proches du journaliste et la presse restaient sceptiques face à ce dernier verdict, qui a écarté l'accusation d'un complot alors que les avocats de la partie civile réclamaient une enquête plus approfondie sur les ramifications du crime au sein des rouages de l'Etat.

L'auteur de l'assassinat, Ogün Samast, a été condamné en juillet dernier à près de 23 ans de prison, et son instigateur, Yasin Hayal a été condamné mardi à la réclusion à perpétuité.

Mais les proches du journaliste et la presse restaient sceptiques face à ce dernier verdict, qui a écarté l'accusation d'un complot alors que les avocats de la partie civile réclamaient une enquête plus approfondie sur les ramifications du crime au sein des rouages de l'Etat.

Le Premier ministre lui-même, Recep Tayyip Erdogan, a confié mercredi soir ses doutes quant au verdict.

Je constate (...) que la conscience de l'opinion publique est insatisfaite, a déclaré M. Erdogan sur la chaîne Kanal D. Il y a des attentes très différentes (du verdict rendu, ndlr). Il est possible de partager certaines de ces attentes, mais je ne peux pas adhérer à l'ensemble d'entre elles.

Je pense que tout n'est pas encore terminé et que ça vaut la peine de voir ce qui va se passer en appel, a-t-il souligné.

Et jeudi, c'est le président Abdullah Gül qui a appelé à une justice équitable.

L'ensemble de ce procès, incluant la période qui va commencer, est un test important de la façon dont nous appliquons nos lois de la manière la plus juste et la plus transparente possible, a-t-il affirmé à des journalistes.

Quand les juges accomplissent leur travail en toute indépendance, les autorités administratives doivent répondre aux demandes des juges et faciliter leur action pour que toute la réalité de cet événement apparaisse, a ajouté le président, dont les propos étaient retransmis sur la chaîne NTV.

Dink oeuvrait à la réconciliation entre les Turcs et les Arméniens au regard de leur passé sanglant, mais les nationalistes lui en voulaient d'avoir employé pour le massacre des Arméniens sous l'Empire ottoman le terme de génocide, qu'Ankara rejette farouchement.

(©AFP / 19 janvier 2012 13h34)