L'Italie prend ses distances avec la méthode franco-allemande


PARIS - Les autorités italiennes ont pris mardi implicitement des distances avec la propension de l'Allemagne et de la France à vouloir gérer seules la crise de la dette, en rejetant l'idée d'une petit directoire et en plaidant pour remettre l'UE au centre du jeu.

Le nouveau chef du gouvernement italien Mario Monti rencontrera jeudi à Strasbourg le président français Nicolas Sarkozy et la chancelière allemande Angela Merkel. Le couple franco-allemand a ostensiblement pris en main la gestion de la crise de la dette ces derniers mois, soulevant des critiques, notamment en Italie, troisième économie de l'Union monétaire derrière l'Allemagne et la France.

Historiquement, l'Italie a toujours donné des contributions intéressantes à la construction européenne, a estimé à Paris le sous-gouverneur de la Banque d'Italie Fabrizio Saccomanni, se réjouissant du retour de son pays dans la cour des grands à l'occasion de ce mini-sommet.

C'était dommage que pendant un certain nombre d'années la possibilité pour l'Italie de participer au même niveau à ces débats ait été éliminée, a-t-il ajouté.

L'ancien président du Conseil italien Silvio Berlusconi, qui a démissionné en raison de la crise et de la pression des marchés, n'était presque jamais convié aux réunions au sommet entre Paris et Berlin.

Une Europe à vingt-sept où tous les pays ont le droit de veto n'est pas un système efficace pour gérer les situations de crise (...) mais en même temps, on ne peut pas confier la gestion d'une crise qui a des répercussions sur de nombreux pays à un petit directoire, a estimé Fabrizio Saccomanni devant l'European American Press Club.

En parallèle, à Bruxelles, M. Monti a lui aussi égratigné entre les lignes la tendance de Berlin et Paris à gérer en duo depuis des mois les affaires européennes en marginalisant les institutions européennes, Commission en tête, censées défendre l'intérêt général européen.

Ma vision de l'Europe correspond à la vision traditionnelle de l'Italie, c'est-à-dire une Europe qui se fonde sur la méthode communautaire, Parlement, Commission, Cour européenne de justice, qui doivent se trouver au centre de cet ordre communautaire, a insisté M. Monti, au cours d'une conférence de presse à l'issue d'uen rencontre avec le président de la Commission, José Manuel Barroso.

J'ai accepté avec plaisir l'invitation qui m'a été adressée de me retrouver après-demain (jeudi) à Strasbourg avec le président (Nicolas) Sarkozy et la chancelière (Angela) Merkel, mais mon objectif permanent dans ce genre de réunion consistera à jeter des ponts vers davantage de communautaire, a-t-il souligné.

La méthode communautaire renvoie à la gestion des affaires européennes via les institutions qui représentent toute l'Union européenne, par opposition à la méthode dite intergouvernementale où l'essentiel se décide entre quelques capitales.

M. Barroso a abondé dans son sens. Des institutions européennes fortes permettent d'avoir des décisions indépendantes, non sujettes aux manoeuvres gouvernementales, aux compromis de coulisses et aux accords de couloirs, a-t-il dit.

(©AFP / 22 novembre 2011 17h57)