L'industrie veut du temps pour supprimer le bisphénol des boîtes de conserve


PARIS - Les industriels des secteurs concernés par la possible interdiction du bisphénol A dans les contenants alimentaires contestent la précipitation des pouvoirs publics et réclament du temps pour mener à bien les évaluations des produits de substitution.

Si c'est appliqué et voté en l'état, on sera obligé purement et simplement d'arrêter nos activités, lance Olivier Draullette, délégué général du SNFBM, le syndicat des fabricants de boîtes et emballages métalliques.

Les industriels critiquent un calendrier incompatible avec la réalité industrielle, qui exige de très nombreux essais et contrôles avant la mise sur le marché de nouveaux produits se substituant au bisphénol A largement utilisé.

Le texte, voté il y a un an par les députés et qui arrive mardi au Sénat, prévoit une suspension qui concerne la fabrication, l'importation et l'exportation des contenants alimentaires produits avec du bisphénol A, dès l'année prochaine pour les produits destinés aux enfants en bas âge.

La proposition de la commission des Affaires sociales du Sénat de repousser d'un an l'interdiction générale, de 2014 à 2015, n'a pas apaisé le mécontentement: ils s'imaginent qu'en donnant un an de plus, ça va tout régler!, fustige M. Draullette.

On ne traîne pas (...) On travaille, mais ce qu'on demande, c'est le droit de faire notre travail consciencieusement, poursuit-il.

Compte tenu des volumes considérables en jeu, les industriels de l'emballage métallique insistent sur les contraintes de sécurité très fortes.

Minimum deux à trois ans

La tonalité est très voisine dans l'industrie agro-alimentaire qui utilise ces emballages.

Notre grande inquiétude, c'est de commercialiser un produit sur lequel on a moins de recul que ceux qui sont utilisés, et qui pourrait être moins sûr que les produits actuels, explique Jean-René Buisson, le président de l'Association nationale des industries alimentaires (Ania).

D'autant que nous aurons besoin de plusieurs substituts pour couvrir la gamme de nos produits, ajoute-t-il, notant que par exemple, une résine aux Etats-Unis avait posé des problèmes d'acidité sur les tomates.

La situation est complexe puisque les industriels de l'emballage métallique ont identifié quatre familles de résines pouvant être substituées à l'actuelle résine au bisphénol A.

Chacune doit être testée en fonction de la denrée alimentaire avec laquelle elle sera en contact: on est obligé d'avoir un minimum de recul compte tenu du spectre alimentaire français qui est très large et des dates limites de consommation qui sont très longues, selon le SNFBM.

Le secteur de la chimie, au point de départ dans la chaîne de production, est tout aussi sévère: le calendrier envisagé n'est pas réaliste et le projet d'interdiction prématuré, affirme Franck Garnier, vice-président de l'Union des industries chimiques (UIC), chargé de la santé et de l'environnement.

Pour une évaluation sereine et une mise au point des possibilités de substitution, il faut au minimum 2 à 3 ans, juge-t-il. Il demande qu'on attende une évaluation du bisphénol qui est prévue au niveau européen.

On s'étonne de cette précipitation à voter une loi avant que les rapports scientifiques ne sortent, renchérit M. Draullette. Un rapport de l'agence française de sécurité sanitaire (Anses) est attendu en fin d'année.

Les industriels s'inquiètent aussi de l'impact d'une décision prise seulement en France.

La réglementation sur le contact alimentaire est de compétence communautaire, selon M. Draullette. Pour l'UIC, il faudra que les solutions de substitution soient compétitives et respectent un cadre réglementaire européen.

Pour sa part, la sénatrice PS Patricia Schillinger estime, dans son rapport sur le texte, que l'adoption d'une mesure programmée de suspension constitue un aiguillon nécessaire pour avancer dans la recherche de produits de substitution au bisphénol A.

(©AFP / 07 octobre 2012 07h20)