La Chine a lancé un assaut implacable sur les avocats


HONG KONG - Pékin a lancé un assaut implacable sur les avocats, ciblant notamment ceux spécialisés dans les droits de l'Homme, car elle veut éviter toute agitation populaire, déclare Amnesty International dans un rapport publié jeudi.

Les autorités chinoises veulent réduire au silence les avocats qui s'emparent des cas les plus sensibles car elles craignent une réplique des mouvements de protestation qui ont eu lieu au Proche-Orient en début d'année, ajoute l'organisation.

Les avocats spécialisés dans la défense des droits de l'Homme subissent quantités de tactiques pour les empêcher de parler, allant de la suspension ou la révocation de leur licence, au harcèlement, à la disparition et même la torture, a souligné Catherine Baber, vice-directrice de la région Asie Pacifique pour Amnesty.

Dans le cadre de sa répression (contre la dissidence), le gouvernement vise les avocats qui travaillent sur des sujets comme les libertés de religion et d'expression, et les droits fonciers, a-t-elle ajouté.

Les autorités chinoises ont lancé depuis début 2011 la pire vague de répression contre la dissidence depuis les années post-Tiananmen, sur fond d'appels lancés sur l'internet pour des rassemblements du jasmin dans les principales villes chinoises inspirées par les récents soulèvements dans plusieurs pays arabes, notamment la Tunisie (révolution du jasmin).

Avocats et dissidents, dont des artistes (tels que Ai Weiwei, libéré la semaine dernière après trois mois de mise au secret) ont été arrêtés ou placés en résidence surveillée.

Parmi les avocats arrêtés depuis février figurent Teng Biao, Jiang Tianyong et Li Fangping, connus pour s'être emparés des cas de plaignants qui accusent le gouvernement d'abus de pouvoir.

Tous ont été relâchés mais restent étrangement silencieux depuis leur libération.

L'avocate Li Tiantian, relâchée fin mai après trois mois de détention, a écrit dans une série de messages sur Twitter que la police était au courant de détails sur sa vie sexuelle et menaçait de salir sa réputation.

Selon le rapport d'Amnesty, intitulé Contre la loi: la répression des avocats des droits de l'Homme en Chine, les autorités se débarrassent peu à peu des avocats jugés indésirables via des évaluations annuelles.

Elles sont conduites par des associations d'avocats censées être indépendantes, qui suspendent ou révoquent les licences des avocats trop indépendants.

Parmi les 204.000 avocats du pays, seuls quelques centaines de courageux acceptent les affaires liées aux droits de l'Homme, souligne Amnesty. Des règlementations décidées ces dernières années interdisent aux avocats de défendre certains clients ou de parler aux médias.

Avec ces nouvelles règles, les avocats peuvent aussi être accusés d'inciter à la subversion plus facilement.

Ces mesures ont rendu difficile, pour ceux qui en ont le plus besoin, d'être représentés par un avocat, ajoute le rapport, qui évoque les membres d'organisations religieuses interdites telles que le Falungong, les militants tibétains ou les victimes d'expropriation forcée.

(©AFP / 30 juin 2011 05h36)