La Colombie veut dépénaliser la faible consommation de drogue de synthèse


BOGOTA - La Colombie va proposer de dépénaliser la consommation d'une petite quantité de drogues de synthèse, un dispositif déjà en vigueur depuis près de 20 ans pour la cocaïne et la marijuana, a annoncé mercredi la ministre de la Justice, Ruth Stella Correa.

Un projet de loi, qui sera déposé par le gouvernement en mars devant le Parlement, autorise la consommation d'une dose minimale de ce type de drogue.

Nous devons accepter le fait que la Colombie est un pays consommateur, c'est aussi notre réalité, a expliqué la ministre, dans un entretien à la radio Blu de Bogota.

Nous ne pouvons pas continuer à mettre en prison le consommateur, il faut le soigner, le resocialiser et lui donner des opportunités, a-t-elle ajouté, tout en insistant sur la poursuite des actions de répression contre les trafiquants.

Depuis 1994, la législation colombienne autorise la possession d'une dose de 20 grammes de marijuana et d'un gramme de cocaïne, dont le pays est le premier producteur mondial au coude-à-coude avec le Pérou avec 345 tonnes annuelles selon un rapport de l'ONU en 2011.

Plus récemment, en juillet 2012, une loi précise que l'addiction aux drogues est une question de santé publique et que les toxicomanes doivent être considérés comme des patients et non des délinquants.

La nouvelle loi sur les substances stupéfiantes de synthèse s'inscrit dans le cadre d'une réforme de la politique en matière de drogue, un des chevaux de bataille du président colombien Juan Manuel Santos qui préconise une nouvelle orientation dans la lutte mondiale contre le narcotrafic.

Ce projet, qui soulève une polémique dans les rangs politiques, est considéré comme une avancée par les experts. C'est une proposition qui représente un progrès, et ne vise pas à promouvoir la consommation, mais à la réguler, a expliqué à l'AFP Daniel Mejia, directeur du centre d'étude sur les drogues de l'Université Los Andes de Bogota.

D'autres projets sont en vue comme la création de centres de réhabilitation gérés par l'Etat.

L'an dernier, Gustavo Petro, le maire de Bogota, capitale géante de 7 millions d'habitants, a inauguré des centres proposant des drogues de substitution. Il a aussi proposé d'utiliser les saisies de drogue effectuées par la police pour l'administrer à des toxicomanes, sous contrôle médical.

La Colombie (46 millions d'habitants) compte quelque 450.000 consommateurs de marihuana, 140.000 de cocaïne, 34.000 de bazuko (un dérivé bon marché de la cocaïne), 31.000 d'ecstasy et 3.000 d'héroïne, selon la dernière étude publiée sur le sujet par le gouvernement en 2008.

(©AFP / 30 janvier 2013 19h47)

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