La Géorgie inculpe le maire de Tbilissi, allié de Saakachvili


TBILISSI - La Géorgie a inculpé samedi de gaspillage des fonds publics et de blanchiment d'argent le maire de Tbilissi, Gigi Ougoulava, proche allié du président Mikheïl Saakachvili, dont le camp a aussitôt dénoncé des poursuites politiques.

L'inculpation de M. Ougoulava, un homme charismatique vu comme le plus proche allié du chef de l'Etat géorgien, intervient dans un contexte de tensions croissantes entre M. Saakachvili et son Premier ministre, Bidzina Ivanichvili, dont la coalition d'opposition a remporté les dernières législatives en octobre.

M. Ougoulava a été convoqué par les enquêteurs du ministère des Finances et inculpé de gaspillage de fonds publics et de légalisation de revenus illégaux, a indiqué le ministère dans un communiqué.

Il est accusé d'avoir fourni des emplois fictifs au sein de la municipalité à des centaines de militants du parti de M. Saakachvili, le Mouvement national unifié, et d'avoir saisi de façon frauduleuse la télévision d'opposition Imedi TV auprès de ses propriétaires pour la transférer ensuite à des personnes loyales au président géorgien.

Le procureur général de Géorgie, Archil Kbilachvili, avait indiqué dès vendredi soir que M. Saakachvili pourrait être interrogé en tant que témoin dans cette affaire.

M. Ougoulava a rejeté ces accusations, les qualifiant d'absurdes et dénonçant des motivations politiques.

Je ne comprends pas de quoi ils m'inculpent, a-t-il déclaré à des journalistes en quittant le bâtiment du ministère, devant lequel attendaient des centaines de ses partisans.

Je suis prêt à relever ce défi. Je suis sûr que toutes les accusations vont s'effondrer pendant le procès, a-t-il assuré.

Lançant un avertissement à M. Ivanichvili, il a ajouté: Les manipulations de la vérité mèneront ce gouvernement en enfer.

La porte-parole du chef de l'Etat géorgien, Manana Manjgaladze, a accusé le Premier ministre d'être derrière ces inculpations.

C'est très clair que ce n'est pas une procédure légale, et que cela ne se fait pas dans le cadre légal. Nous pouvons dire sans équivoque que c'est un ordre politique, a-t-elle dit dans un communiqué.

Il est difficile de parler de cohabitation quand l'autre partie agit avec de telles méthodes. Dans ce procédé, l'entière responsabilité repose sur le Premier ministre de Géorgie, a-t-elle ajouté.

Le conseiller du président en matière de sécurité nationale, Giga Bokeria, a pour sa part estimé que le but déclaré du Premier ministre est l'annihilation de l'opposition politique.

Plusieurs anciens hauts-responsables de l'administration de M. Saakachvili ont été arrêtés et des centaines de partisans de son parti interrogés pour des abus présumés, suscitant la réprobation des Etats-Unis, de l'Otan et de l'Union européenne, qui ont mis en garde contre des représailles politiques et une justice sélective.

Selon M. Ougoulava, les poursuites à son encontre s'expliquent par la volonté de M. Ivanichvili de prendre le contrôle de la mairie de Tbilissi et du conseil municipal, toujours dominé par le parti de M. Saakachvili.

Le maire a mené d'importants projets d'infrastructures et des réformes sociales qui ont permis d'améliorer nettement le niveau de vie dans la capitale géorgienne.

Vendredi, il avait nommé le secrétaire général du Mouvement national unifié et ex-Premier ministre, Vano Merabichvili, maire-adjoint.

La victoire en octobre de la coalition d'opposition de M. Ivanichvili a mis fin à la domination du parti de M. Saakachvili, qui durait depuis neuf ans. Les élections avaient été saluées par l'Occident comme un exemple de transition démocratique, mais la situation s'est nettement tendue depuis.

Les deux hommes doivent partager le pouvoir jusqu'à l'expiration du deuxième mandat de M. Saakachvili en octobre 2013.

(©AFP / 23 février 2013 16h31)

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