La violence sexuelle dans les conflits armés est l'exception, pas la règle


NEW YORK (Nations unies) - Une étude sur les violences sexuelles dans les conflits armés remet en question une série d'idées reçues en soulignant que ce type de violences est l'exception et non la règle.

Le rapport du Human Security Report Project (HSRP), un centre de recherches affilié à l'université Simon Fraser de Vancouver (Canada), critique l'accent mis par médias et ONG sur le viol comme arme de guerre par opposition à la violence sexuelle domestique.

Celle-ci est largement majoritaire et perpétrée non par des rebelles, des miliciens ou des soldats gouvernementaux, mais par des parents ou des proches, note le rapport présenté mercredi au siège de l'ONU à New York.

Selon le document, journalistes, agences de l'ONU et ONG se focalisent sur certains conflits où la violence sexuelle prévaut, les premiers pour en faire leurs gros titres, les secondes pour attirer les donateurs. RDCongo, Rwanda, Soudan (Darfour), Sierra Leone, Libéria --les pays qui ont reçu le plus d'attention-- sont les exceptions, pas la règle, indique le texte.

Et même dans ces conflits, la violence sexuelle a été parfois surestimée: une étude menée en 2007 au Libéria montrait que 18% des femmes de 15 à 49 ans interrogées avaient été victimes de violences sexuelles, soit le même taux qu'aux Etats-Unis en 2010.

Dans un environnement hautement concurrentiel, soulignent les auteurs, l'exagération paie et c'est souvent le seul moyen d'obtenir les subsides de donateurs qui ont trop peu de ressources et trop de sollicitations.

Le HSRP chiffre à 4.000 dans le monde le nombre d'ONG qui traitent de la violence sexuelle dans le cadre de conflits.

Personne ne nie qu'il y ait des conflits où la violence sexuelle est utilisée spécifiquement comme arme politique et la Bosnie en est l'exemple type, a expliqué Andrew Mack, directeur du HSRP, en conférence de presse. Mais dans de nombreux autres conflits, cette violence est opportuniste et facilitée par le laxisme des structures de commandement.

Cette distinction est importante car si on peut prouver que des chefs militaires ont donné instruction ou autorisation à leurs soldats de commettre des viols, on peut les sanctionner ou les menacer de sanctions.

M. Mack déplore également que les données disponibles restent fragmentaires, car la communauté internationale n'a commencé à s'intéresser sérieusement au sujet que depuis les années 1990.

Il n'y a pas de preuve formelle que la violence sexuelle en temps de guerre, y compris le viol utilisé comme arme, soit en augmentation ou même répandue dans la majorité des conflits, constatent les chercheurs du HSRP.

En revanche, indique M. Mack, la violence sexuelle domestique a tendance à augmenter en temps de guerre et particulièrement juste après la fin des conflits.

Les chercheurs estiment aussi que les enfants semblent être partiellement protégés de la violence sexuelle par le fait qu'ils sont des enfants.

(©AFP / 10 octobre 2012 21h01)


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