Le débat sur l'enfouissement des déchets nucléaires tourne au fiasco à Bure


BURE (France) - Fumigènes, boules puantes et slogans hostiles: des dizaines d'opposants au Centre industriel de stockage géologique (Cigéo) ont empêché la tenue du premier débat censé informer le public sur ce projet d'enfouissement des déchets nucléaires à Bure (Meuse), contraignant les organisateurs à l'annuler au bout d'un quart d'heure jeudi soir.

La réunion devait se tenir dans la salle des fêtes du village, à deux kilomètres du laboratoire souterrain où se préfigure le futur Cigéo. Ce centre devrait servir à terme à confiner pour une très longue durée quelque 100.000 m3 de déchets nucléaires à haute et moyenne activité.

Le projet est entré en phase de conception industrielle, mais il reste plusieurs étapes décisives avant sa mise en service normalement prévue en 2025, s'il est autorisé par l'Autorité de sûreté nucléaire.

Dès l'ouverture du débat, à 19H00, des dizaines de militants hostiles ont interpellé le président de la Commission particulière du débat public (CDDP), Claude Bernet, qui n'a pas pu s'exprimer plus de deux minutes.

On n'est pas venus ici pour vous entendre, mais pour vous empêcher de vous exprimer, lance un premier opposant, rejoint par des dizaines d'autres qui réclament un référendum et le départ des technocrates parisiens.

On est chez nous! C'est pas des Parisiens qui vont décider pour nous. Dehors les technocrates! Les laquais de l'école Polytechnique, pas ici!, renchérit un autre, alors qu'une partie de la salle scande Halte au débat, Bure on n'en veut pas.

Plusieurs opposants lancent alors des boules puantes dans les rangs des quelque deux cents participants, tandis que d'autres, à l'extérieur, secouent les grilles des fenêtres, mais sont toutefois rapidement maîtrisés par un dispositif de gendarmerie conséquent.

Claude Bernet, entouré des intervenants qui devaient s'exprimer, a d'abord suspendu le débat, avant de l'annuler deux minutes plus tard, sous les huées d'une partie de la salle.

La sortie des organisateurs s'est finalement faite sous les fumigènes et la protection des gendarmes.

Pour le débat public, c'est un échec, a déploré le président de la CDDP, qui avait lancé sa consultation populaire dès le 15 mai sur Internet. Il n'a voulu se prononcer sur le maintien des débats futurs programmés dans d'autres villes.

Pour la directrice générale de l'Agence nationale de gestion des déchets radioactifs (Andra), Marie-Claude Dupuis, une vingtaine de militants ont pris en otage toute une salle, c'est regrettable.

Nous voulions présenter le projet industriel qui répond à la loi qui a acté l'enfouissement des déchets radioactifs comme la meilleure solution. Mais on ne considère pas que tout est acquis. Tous les sujets sont discutables, a-t-elle assuré à l'AFP, après le fiasco de la réunion.

Plus d'une quarantaine d'associations opposées au projet avaient annoncé ces derniers jours leur intention de boycotter le débat public, considérant qu'il s'agissait d'une mascarade.

Le débat public c'est juste, +Venez voir comment on va enfouir ces déchets nucléaires chez vous, et non pas +Faut-il les enfouir ou non?+, avait ainsi déploré un collectif d'écologistes.

Ces opposants dénoncent ce qu'ils considèrent comme une gigantesque poubelle atomique de 300 ha en surface et 15 km2 de galeries souterraines, et pointent l'obsolescence des matériaux devant servir à contenir les déchets nucléaires enfouis.

(©AFP / 23 mai 2013 20h50)