Le procès d'un policier accusé d'avoir tué un manifestant suspendu à Ankara


ANKARA - Un tribunal d'Ankara a décidé lundi de suspendre le procès d'un policier poursuivi pour avoir tué un manifestant en juin pour solliciter une autre cour à la suite d'accusations de partialité formulées par les parties civiles.

Dans sa décision lue à l'audience, le juge Affak Illez a expliqué s'être dessaisi du dossier et avoir sollicité une autre juridiction pour qu'elle décide si le procès pouvait se poursuivre devant son tribunal ou si elle devait se saisir elle-même du dossier.

A plusieurs reprises depuis l'ouverture du procès en septembre, la famille de la victime a remis en cause l'impartialité du tribunal saisi et dénoncé des pressions politiques sur les magistrats.

Comme lors des précédentes audiences, quelque 700 personnes se sont rassemblées dès lundi matin devant le palais de justice d'Ankara pour crier des slogans hostiles au gouvernement islamo-conservateur du Parti de la justice et du développement (AKP), au pouvoir depuis 2002, a constaté un photographe de l'AFP.

Ethem a été abattu par la police de l'AKP, ont notamment scandé les manifestants.

Agé de 26 ans, Ethem Sarisuluk, un ouvrier communiste, a été tué le 1er juin lors d'une manifestation contre le gouvernement à Ankara.

Son meurtrier présumé, un policier identifié sous le nom de Ahmet S., n'était pas présent à l'audience lundi et a assisté à l'audience par vidéosurveillance depuis la province de Sanliurfa (sud-est de la Turquie).

Poursuivi pour usage excessif de la force, il risque une peine maximale de cinq ans de prison.

Lors de la première audience de son procès le 23 septembre, l'accusé était apparu devant ses juges portant une perruque et une fausse moustache pour protéger son identité.

Des incidents avaient éclaté après la décision du tribunal de le laisser en liberté.

Sur une vidéo très largement diffusée sur internet dès le mois de juin, on voit la victime s'effondrer brusquement face à un policier casqué qui s'enfuit ensuite l'arme au poing.

La Turquie a été secouée en juin par une fronde sans précédent depuis l'arrivée au pouvoir du parti islamo-conservateur du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, en 2002.

Des centaines de milliers de Turcs sont descendus dans les rues à travers la Turquie pendant trois semaines pour exiger la démission de M. Erdogan, accusé de dérive autoritaire et de vouloir islamiser la société turque.

Les heurts entre la police et les manifestants ont fait six morts et plus de 8.000 blessés.

(©AFP / 02 décembre 2013 18h05)