Les Pyrénées sont à tout le monde, sauf quand elles sont à Groupama


MOSSET (Pyrénées-Orientales) - Pratique ancestrale contre droit de propriété... Deux conceptions de la montagne se heurtent de plein fouet dans les Pyrénées au pied d'une splendeur, le pic de Madres: celle des randonneurs et celle du géant de l'assurance Groupama.

Depuis toujours, les habitants et les amoureux de la montagne ont pu emprunter les mêmes chemins au départ de Mosset (Pyrénées-Orientales) pour exploiter les richesses naturelles du massif ou pour grimper en pente assez douce à 2.469 mètres et découvrir, par temps clair, la plaine du Roussillon et la Méditerranée d'un côté, les Pyrénées de l'autre.

C'est en tout cas ce que disent ceux qui aujourd'hui dénoncent une privatisation de la montagne et l'attitude seigneuriale selon eux de Groupama.

C'est que l'assureur est propriétaire depuis 30 ans du domaine de Corbazet, un paradis de verdure de 2.000 hectares où cohabitent les vaches, les perdrix grises et les mouflons, et que, depuis quelques années, il voit d'un oeil beaucoup moins favorable les intrusions sur ses terres sans permission.

Il y a quatre ans, Groupama a commencé par interdire le passage des véhicules à moteur. Puis la cueillette des champignons. Et enfin les promeneurs démunis d'autorisation. Depuis le printemps, Henri Sentenac, le maire de Mosset, reçoit régulièrement des lettres de randonneurs qui s'étonnent d'avoir été chassés par des gardes privés.

Les relations entre les locaux et l'assureur se sont vraiment crispées en 2011 quand la mairie a envisagé de réhabiliter un gîte d'où part l'ascension vers le pic. Le gîte du Caillau appartient à la commune mais se trouve à l'entrée du domaine de Groupama.

La mairie avait alors à l'idée de créer un équipement mixte, entre refuge de 20 places, auberge de 30 couverts, et aire de bivouac. Un programme sans ajout d'activités affirme le maire, mais qui n'a pas plu du tout à Amaury Cornut-Chauvinc, président de Groupama Méditerranée.

Aujourd'hui, le marcheur arrivant par là est accueilli par une série de pancartes lui interdisant la cueillette ou l'arrachage, et le mettant en garde contre le risque d'essuyer des tirs dans cette chasse gardée.

Certes, le domaine est privatisé depuis des siècles et on peut accéder à pied au pic de Madres par d'autres itinéraires. Mais les habitants de la montagne ont toujours eu le droit de passer par là, s'indigne François Miehet, 70 ans. Pour lui, les randonneurs sont les victimes d'une régression féodale.

Comme plus d'un millier de personnes, François Miehet a adhéré au collectif Libérez le Madres qui s'est constitué pour revendiquer un droit inaliénable selon lui. Le collectif appelle à manifester le 29 septembre.

Sur internet, certains appellent à résilier les contrats d'assurance chez Groupama. La rancoeur des dépités est exacerbée par la toute puissance de l'argent à laquelle ils associent Groupama.

Où est passée la générosité de ce groupe mutualiste ?, s'interroge le président socialiste de la région Languedoc-Roussillon Christian Bourquin; Groupama doit prendre garde à son image, prévient M. Bourquin, qui soutient le maire de Mosset et les randonneurs.

Groupama revendique dans un communiqué d'administrer ses biens comme il l'entend.

Dans le quotidien l'Indépendant, le président de Groupama Méditerranée dit avoir été alarmé par le projet d'aménagement du refuge, qui prévoyait 2.000 nuitées par an, des activités VTT, quads et raquettes sur le domaine de Groupama: C'était Disneyland en pleine montagne !

Je veux faire de ce domaine un écrin et éviter absolument le tourisme de masse, dit-il. Mais il souligne qu'aucun randonneur n'a été verbalisé. Il n'est pas question d'interdire tout passage. Ceux qui demandent l'autorisation l'ont. Il faut s'adresser à la caisse locale de Groupama à Prades.

(©AFP / 07 septembre 2012 12h28)

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