Leymah Gbowee à l'AFP: C'est un Nobel pour les femmes africaines


LAGOS - La Libérienne Leymah Gbowee a estimé que le prix Nobel de la paix qui lui a été attribué vendredi ainsi qu'à deux autres lauréates était pour les femmes africaines, dans un entretien téléphonique avec l'AFP depuis New York.

C'est un Nobel pour les femmes africaines, c'est comme ça que je le décrirais. C'est pour les femmes en général, mais particulièrement pour les femmes en Afrique, a-t-elle déclaré.

Mme Gbowee, qui se trouve aux Etats-Unis pour présenter un livre, a appris la décision du comité Nobel par des textos reçus au terme d'un vol de nuit entre San Francisco et New York.

Je viens de remporter le Nobel, a-t-elle simplement dit à son voisin, tandis qu'un autre passager a immédiatement affiché sa photo sur son téléphone portable, a-t-elle raconté.

Le prix Nobel de la paix a été attribué conjointement vendredi matin, pour la première fois de son histoire, à trois femmes : Mme Gbowee, la présidente libérienne Ellen Johnson Sirleaf et la journaliste yéménite Tawakkol Karman.

Leymah Gbowee, guerrière de la paix, est à l'origine d'un mouvement pacifique qui a contribué, notamment par une grève du sexe, à mettre fin à la deuxième guerre civile au Liberia en 2003.

Elle a jugé que le prix était la reconnaissance que les femmes ont maintenant leur mot à dire. Plus personne ne pourra plus minimiser notre rôle désormais. Je pense que le monde a reconnu le rôle, l'intelligence et la contribution des femmes, a poursuivi cette mère de famille de 39 ans, assurant qu'elle allait poursuivre ses activités.

Trois femmes d'un coup! C'est une reconnaissance de ce que nous avons fait. Pas individuellement, mais les femmes en particulier, ce que nous avons fait dans ce monde (...) spécialement les femmes africaines et tout ce qu'elles ont dû endurer pour aider à la transformation de leurs pays, a-t-elle dit.

Pour la lauréate, son prix est aussi un hommage à Wangari Maathai, la première femme Africaine couronnée en 2004. Cette militante écologiste kényane, décédée fin septembre, menait un combat contre la déforestation.

L'accession au pouvoir de la présidente Ellen Johnson Sirleaf qui brigue un nouveau mandat dans quatre jours, a été favorisée par le travail sur le terrain de Leymah Gbowee.

Plus tard, à New York, lors d'une conférence de presse, Leymah Gbowee a assuré: N'attendez pas un Mandela, n'attendez pas un Gandhi, n'attendez pas un Martin Luther King, mais soyez votre propre Mandela, votre propre Gandhi, votre propre Martin Luther King.

Vous connaissez vos problèmes, vos motifs d'inquiétudes, vos priorités et vous êtes les mieux placés pour travailler à votre propre paix parce que personne ne le fera mieux que vous, a-t-elle ajouté.

Leymah Gbowee a mobilisé et organisé les femmes au-delà des lignes de division ethniques et religieuses pour mettre fin à une longue guerre au Liberia et assurer la participation des femmes aux élections, a noté le président du comité Nobel norvégien, Thorbjoern Jagland.

Lancée en 2002, l'initiative originale de cette travailleuse sociale voit les femmes se refuser aux hommes tant que les hostilités se poursuivent, ce qui oblige le président Charles Taylor (1997-2003) à les associer aux négociations de paix peu avant sa chute.

Leymah Gbowee a notamment co-fondé l'ONG Women Peace and Security Network Africa (Wipsen-Africa), une organisation qui travaille en faveur des femmes et de la paix, basée dans la capitale ghanéenne Accra.

(©AFP / 07 octobre 2011 19h11)

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