Maisons détruites contre barricades: la résistance des anti-aéroport s'installe


NOTRE-DAME-DES-LANDES (France / Loire-Atlantique) - Plus d'une semaine après le début d'une évacuation massive des squats d'opposants au nouvel aéroport de Notre-Dame-des-Landes, près de Nantes, une résistance têtue s'accroche au bocage, où les barricades et la détermination n'ont pas baissé.

Malgré les destructions au fur et à mesure de ces fermes désaffectées ou de ces cabanes édifiées par les opposants, les militants semblent s'installer dans la durée. Les soutiens extérieurs des anti-capitalistes expulsés apportent chaque matin à Notre-Dame-des-Landes des caisses de légumes, des bottes, des vêtements chauds, des gâteaux. Les dons viennent des opposants traditionnels à l'aéroport, mais aussi de sympathisants de toute la région.

Le téléphone portable informe en temps réel les convoyeurs des routes dégagées (ndlr: non barrées par les forces de l'ordre) ou non.

Les caisses sont portées ensuite dans un lieu historique de résistance, une grange baptisée la Vache rit, qui n'est pas expulsable.

Le lieu prend des allures de ruche bourdonnante mais les journalistes n'ont pas le droit d'en rapporter d'images: des tables recouvertes de vêtements chauds, les légumes rangés sur le côté, des opposants mal réveillés prenant le petit déjeuner.

Sur une table, plusieurs dizaines de plans de la ZAD: Zone d'aménagement différé, gelée par le conseil général de Loire-Atlantique depuis 40 ans, devenue pour les opposants à l'aéroport la Zone à défendre.

A quelques minutes, le Liminbout, une ferme, est en cours de désamiantage avant destruction. Dans la maison mitoyenne, Claude Herbin habite là depuis 15 ans. Il fait partie des anciens habitants légaux, qui ne peuvent pas être expulsés avant la fin de recours déposés au printemps contre le projet d'aéroport.

Là, on est tranquille au moins jusqu'au mois de mars, et après, il faudra qu'ils viennent nous virer. Mais bon, on ne se laissera pas faire, on n'est pas prêt de partir, explique-t-il.

De l'autre côté de la Zad, une pelleteuse fait tomber les murs de la Gaité, une des vieilles fermes squattée qui servait de lieu d'accueil aux nouveaux militants anti-aéroport. Les ouvriers, dont plusieurs ont vu leur véhicules dégradés depuis le début de l'intervention, demandent à ce qu'on ne les filme pas.

Sur le bord d'une route, des opposants masqués arrêtent la voiture des journalistes et les mettent en garde: Vous ne pouvez pas passer, un arbre va tomber...

Un bruit de tronçonneuse et un gros chêne s'abat pour barrer la route, par ailleurs filtrée par les gendarmes. Aussitôt, une noria d'opposants surgit des haies pour construire une deuxième barricade, un peu plus loin, avec des palettes, des pneus, des bancs...

Plusieurs autres chênes s'abattent dans la foulée sur cette même route mais les gendarmes, occupés à sécuriser les entreprises de démolition, n'interviennent pas tout de suite.

A 20 mn à pied de là, via des chemin creux de bocage préservé qui ne croisent aucune route goudronnée, on accède au Sabot, devenu un lieu névralgique de la résistance. Un impressionnant potager s'étale devant une cabane dans laquelle plusieurs dizaines de militants, de tous âges, reprennent des forces. Ambiance bon enfant entre eux, très méfiante vis-à-vis de l'extérieur. Les journalistes sont tolérés, mais pas de photos.

Bilan d'une semaine d'opposition: une centaine d'opposants sont toujours dans la zone, mais six maisons ont été détruites ainsi que plusieurs cabanes et la préfecture indique n'avoir pas pris de retard sur son programme.

(©AFP / 24 octobre 2012 19h31)

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