Malgré la crise et Fukushima, les membres d'Iter réaffirment leurs engagements


SAINT-PAUL-LEZ-DURANCE (France / Bouches-du-Rhône) - Les sept pays et organisation membres du projet de recherche nucléaire Iter ont réaffirmé vendredi leur engagement dans cette coopération mondiale, qui doit donner ses premiers résultats en 2021, et ce malgré le contexte de crise économique et les inquiétudes nées de l'accident nucléaire de Fukushima.

Pour la première fois depuis 2006, une réunion au niveau ministérielle des membres d'Iter s'est tenue sur le site de Saint-Paul-lez-Durance (Bouches-du-Rhône), au siège de l'organisation.

Ce projet rassemble la Chine, l'Union européenne, l'Inde, le Japon, la Corée, la Russie et les Etats-Unis, dans ce qui est présenté comme la plus grande coopération scientifique mondiale, visant à démontrer la possibilité de produire de l'énergie nucléaire propre grâce à la fusion thermonucléaire, processus à l'origine de l'énergie des étoiles.

Le premier plasma (mélange de particules où doit se dérouler la réaction nucléaire) est prévu fin 2020.

Autour du commissaire européen à l'Energie Gunther Oettinger, à l'origine de cette réunion, les représentants des 6 pays ont réaffirmé leur engagement, tant en ce qui concerne leur contribution financière que scientifique, malgré le contexte de crise économique.

Les délégations ont d'abord visité le vaste chantier, où se construit notamment le futur réacteur Tokamak, un cylindre de 28 mètres de diamètre, 29 mètres de haut et 23.000 tonnes intégré dans un bâtiment de 80 mètres de haut, dont les fondations sont désormais bien avancées.

L'un des objectifs de cette réunion ministérielle est de demander aux membres de valider les progrès que nous avons effectué, a expliqué, lors de la visite du site, le directeur général d'Iter Organization, le Japonais Osamu Motojima, qui s'est dit heureux de montrer les avancées dans la construction des bâtiments.

Message clair

Nous investissons des milliards d'euros dans ce projet. Nous devons informer nos parlements respectifs (...) des progrès et décider des prochaines étapes, a indiqué M. Oettinger. D'être ici, c'est envoyer un message clair à tous ceux qui travaillent sur ce projet, a-t-il ajouté.

Les délégations se sont ensuite réunies après un discours de bienvenue de la ministre française de l'Enseignement supérieur et de la Recherche Genevieve Fioraso, qui les a accueilli en tant que représentante du pays hôte.

Les meilleurs scientifiques se rassemblent (au sein d'Iter, ndlr) pour un enjeu qui (...) conditionne l'avenir de la planète, l'accès à l'énergie sans polluer la planète, et tout en préservant les ressources, a-t-elle expliqué ensuite à la presse.

A l'issue de la réunion, M. Motojima et M. Oettinger ont qualifié la rencontre de succès, tout en soulignant les risques principaux d'Iter, à savoir les retards possibles - le projet est aujourd'hui globalement dans les clous -, les difficultés de financement, en particulier dans le contexte actuelle de crise, et la sécurité.

Au sujet du financement, MM. Motojima et Oettinger ont de nouveau considéré que le budget actuel, tout comme l'apport prévu de chaque pays, étaient réalistes. Ils se sont également réjouis que l'Union européenne, qui finance à hauteur de 6 milliards d'euros la construction du site d'un coût global de 15 milliards, ait décidé en juin la préservation des crédits alloués au projet, après des discussions âpres entre pays membres.

Chaque année, les membres font face à des défis économiques à relever. Le budget scientifique des Etats-Unis est très serré. (...) Observer les progrès ici est un élément important dans les discussion avec l'administration et le congrès, a souligné son côté représentant américain du département à l'énergie Edmund Synakowski.

La France, pays hôte, assume elle 20% de la contribution européenne, auquel s'ajoute un peu plus de 400 millions de coûts d'infrastructures.

L'accident nucléaire de Fukushima, qui a largement remis en question la sécurité des installations nucléaires au niveau mondial, entraînant notamment des audits de sécurité auxquels Iter a dû aussi se soumettre, a donné du grain à moudre aux opposants à ce projet qui le considère comme un mirage scientifique et un gouffre financier.

M. Motojima a pour sa part affirmé que, si Fukushima était une réelle catastrophe, elle constituait également une opportunité pour renforcer la sécurité nucléaire, et rappelait que dans ce réacteur expérimental, la quantité de combustible sera inférieure à un gramme.

tlg/mfo/jpr

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(©AFP / 06 septembre 2013 17h32)