Municipales au Chili : l'opposition de centre gauche remise en selle avant la présidentielle


SANTIAGO - La victoire surprise de l'opposition de centre gauche aux municipales de dimanche au Chili l'a remise en selle en vue de la présidentielle de fin 2013, au cours de laquelle elle espère reprendre la présidence du pays perdue en 2010, selon des analystes interrogés lundi.

Après dépouillement de 96% des bureaux, la coalition regroupant socialistes, démocrates-chrétiens, sociaux-démocrates, radicaux ainsi que le Parti communiste dans certaines municipalités, totalisait 43,10% des suffrages contre 37,47% à la droite au pouvoir, qui avait remporté les municipales de 2008.

Le scrutin a été marqué par une abstention d'environ 60%. Il s'agissait de la première élection au Chili depuis une récente modification de la loi électorale qui a abouti à l'inscription sur les listes de plus de cinq millions de nouveaux électeurs, majoritairement des jeunes de moins de 35 ans.

Cette victoire revitalise la Concertation (nom donné à la coalition de centre gauche qui a gouverné le pays après la fin de la dictature d'Augusto Pinochet, en 1990) et la place dans un scenario favorable en vue des prochaines élections présidentielles, a estimé pour l'AFP Guillermo Holzmann, analyste à l'Université du Chili.

Mauricio Morales, expert électoral à l'Université Diego Portales, a jugé quant à lui que cette victoire de la Concertation tombe du ciel. Aucun analyste n'avait prévu une victoire de cette nature (à l'issue de laquelle) la Coalition va administrer quasiment 50% des Chiliens.

La Concertation s'était enlisée dans des conflits internes après la victoire de Sebastian Piñera à la présidentielle de 2010.

Malgré la popularité de la présidente sortante Michelle Bachelet, le candidat de la gauche, l'ex-président Eduardo Frei, n'avait pu alors éviter la première victoire de la droite depuis la fin de dictature. Au Chili, le président ne peut accomplir deux mandats successifs.

Selon les observateurs, la victoire de dimanche est surtout due aux erreurs du gouvernement Piñera qui, à mi-mandat, enregistre moins de 30% d'opinions favorables, malgré une croissance économique de 6% et un chômage historiquement bas.

La gauche a remporté la mairie de Santiago, Carolina Toha, ex-ministre sous la présidence de Michelle Bachelet, ayant battu le sortant ultra-conservateur Pablo Zalaquet.

Au total, l'opposition a emporté 167 mairies, contre 147 en 2008, et la droite en a perdu 24, restant à la tête de 120 municipalités.

Dans les environs de la capitale, à Providencia, la candidate indépendante Josefa Errazuriz, sociologue et activiste locale, a défait un ancien colonel de l'armée, Cristian Labbé, fervent partisan du général Pinochet et qui dirigeait la ville depuis 16 ans.

Dans la commune voisine de Nunoa, la petite-fille de l'ancien président socialiste Salvador Allende, renversé lors du putsch d'Augusto Pinochet en 1973, Maya Fernandez, s'est imposée, par moins de 100 voix contre le candidat de droite Pedro Sabat, maire de la commune depuis 16 ans et qui avait servi deux autres années sous la dictature.

Environ 13,5 millions de Chiliens étaient appelés dimanche à élire les maires et les conseillers municipaux des 345 communes du pays.

(©AFP / 29 octobre 2012 20h14)