OGM : le professeur Séralini dénie toute autorité à l'EFSA sur son étude


BRUXELLES - Le chercheur français Gilles-Eric Séralini, auteur d'une étude alarmante tendant à démontrer la toxicité des OGM, a dénié jeudi toute autorité à l'EFSA, l'agence européenne chargée de la sécurité des aliments, pour mener une contre-expertise sur ses recherches.

Il n'est pas question que ceux qui ont autorisé le (maïs transgénique de Monsanto) NK 603 réalisent la contre-expertise de nos données, car il y aurait un conflit d'interêt avec leur autorité et leur carrière, a-t-il déclaré au cours d'une conférence de presse au Parlement européen à Bruxelles avec l'eurodéputé française Corinne Lepage.

L'EFSA est l'agence compétente au niveau européen en matière de sécurité des aliments et ses avis conditionnent les autorisations de commercialisation et de mise en culture des organismes génétiquement modifiés.

Elle a été saisie mercredi par la Commission européenne et si des faits scientifiques nouveaux sont démontrés, nous en tirerons les conséquences, a assuré Frédéric Vincent, porte-parole du commissaire européen à la Santé, John Dalli, chargé du dossier des autorisations de mise en culture et de commercialisation des OGM.

Nous avons demandé à l'EFSA de rendre son avis aussi rapidement que possible et nous espérons l'avoir pour la fin de l'année, a-t-il indiqué.

Mais pour que l'EFSA puisse rendre un avis rapidement, elle doit obtenir de M. Séralini la communication des données brutes de son étude, a-t-on souligné de source européenne.

Corinne Lepage a modéré la prise de position du chercheur français. Nous ne voulons pas sortir de l'EFSA, mais nous ne voulons pas que ceux qui ont autorisé les OGM réalisent cette contre-expertise, a-t-elle déclaré. Mme Lepage fait référence aux scientifiques membres du panel OGM au sein de l'EFSA.

L'eurodéputée et le chercheur, tous deux membres du CRII-GEN, le comité d'information indépendante sur le génie génétique, ont dénoncé les conflits d'interêts au sein de l'agence. Plusieurs membres du conseil d'administration de l'EFSA et plusieurs scientifiques ont en effet des liens étroits avec l'industrie agroalimentaire.

L'EFSA peut faire appel à des experts toxicologues qui ne sont pas membres du panel OGM pour crédibiliser cette contre-expertise.

L'étude réalisée par l'équipe de Gilles-Eric Séralini, professeur de biologie moléculaire à l'Université de Caen (France), a été menée sur 2 ans et démontre que des rats nourris avec du maïs génétiquement modifié ont été frappés au bout de 13 mois par des pathologies lourdes, notamment des tumeurs.

Le Premier ministre français Jean-Marc Ayrault a annoncé jeudi que si le danger des OGM était vérifié, la France défendrait au niveau européen leur interdiction.

(©AFP / 20 septembre 2012 16h40)