Pakistan/blasphème : des dignitaires musulmans défendent la jeune chrétienne


LAHORE (Pakistan) - Des dignitaires musulmans pakistanais ont apporté mardi leur soutien à la jeune chrétienne accusée de blasphème contre le Coran en demandant une enquête impartiale et approfondie et, si elle était reconnue innocente, de châtier ceux qui l'ont accusée à tort.

Rimsha a été arrêtée la semaine dernière à Mehrabad, un quartier populaire périphérique de la capitale Islamabad, après avoir, selon des musulmans, brûlé des pages d'un manuel sur lequel étaient écrits des versets du Coran en arabe.

Son avocat, qui ne s'est pas prononcé sur les faits, souligne que sa cliente n'est âgée que de 13 ou 14 ans. D'autres parmi ses défenseurs affirment qu'elle ne sait pas lire, voire qu'elle est atteinte de trisomie, et ne peut donc être tenue pour responsable d'un tel acte.

Nous demandons une enquête impartiale et approfondie sur son cas. Des mesures strictes devront aussi être prises contre ceux qui l'ont accusée si elle est reconnue innocente, a déclaré à l'AFP Tahir Ashrafi, président du Conseil des oulémas du Pakistan, un organisme représentant des dizaines d'associations musulmanes pakistanaises, dont certaines radicales.

Dans ce pays de 180 millions d'habitants, dont 97% sont musulmans et où vivent trois millions de chrétiens, insulter le prophète Mahomet est passible de la peine de mort, et brûler un verset du Coran de la prison à vie, en vertu de la loi sur le blasphème. Ce texte est défendu bec et ongles par les partis religieux, mais contesté par les libéraux qui l'estiment souvent instrumentalisé, via des accusations portées à tort, pour régler des conflits personnels.

Le conseil des oulémas estime que la loi sur le blasphème ne devrait pas s'appliquer au cas de Rimsha. Le gouvernement devrait faire de ce cas un exemple pour que personne n'abuse de la loi sur le blasphème à l'avenir, a ajouté M. Ashrafi à l'issue d'une réunion du conseil à Lahore, deuxième ville du Pakistan.

Que 500 personnes puissent se rendre à un commissariat de police pour forcer les autorités à arrêter quelqu'un, comme ce fut le cas avec Rimsha, cela tient de la loi de la jungle, a-t-il ajouté, en regrettant également le harcèlement inhumain subi par certains chrétiens dans cette affaire.

De nombreuses familles chrétiennes du quartier de Mehrabad ont confié à l'AFP avoir été forcées de quitter les lieux après l'incident de peur de représailles par des musulmans radicaux.

L'affaire, sensible comme tous les cas de blasphèmes présumés au Pakistan, est suivie de près par les autorités locales, mais aussi en Occident, où les Etats-Unis, la France et le Vatican se sont émus du sort de Rimsha.

(©AFP / 28 août 2012 15h25)