Pérou: état d'urgence dans le sud-est, deux manifestants tués


LIMA - L'état d'urgence a été décrété dans le sud-est du Pérou, après de violents heurts entre manifestants et forces de l'ordre qui ont fait deux morts et plusieurs blessés, au 8e jour d'un mouvement déclenché contre le groupe minier suisse Xstrata, accusé de polluer des cours d'eau voisins en exploitant une mine de cuivre.

Le gouvernement a déclaré l'état d'urgence dans la province d'Espinar, dans la région de Cuzco, afin de sauvegarder la sécurité de la population et la libre-circulation dans cette zone du pays, face aux violentes manifestations qui ont fait deux morts et conduit à la séquestration d'un procureur, a déclaré lundi le Premier ministre péruvien Oscar Valdes, lors d'une conférence de presse.

Cette mesure suspend pendant 30 jours les garanties constitutionnelles concernant la liberté et la sécurité des personnes, ainsi que la liberté de réunion et de circulation dans le territoire.

M. Valdes a affirmé que cette mesure était due au fait qu'il ne s'agit pas d'une mobilisation pacifique, mais de personnes extrémistes qui attaquent l'autorité de la police.

Le procureur Hector Herrera, qui a été retenu par les manifestants, a été remis en liberté pendant la nuit et est arrivé en bonne santé dans une station de police, a indiqué à la radio RPP Elizabeth Ortiz, présidente des procureurs de Cusco.

Le Premier ministre a appelé la population d'Espinar à cesser les actes de violences pour dialoguer avec le gouvernement.

Les manifestations ont provoqué lundi la mort de deux civils, 50 personnes ont été blessées dont 30 policiers, et le procureur de la province d'Espinar, Hector Herrera, a été séquestré, a indiqué le ministre de l'Intérieur.

Il a précisé que les manifestants étaient arrivés près de la mine de Xstrata à bord de 10 véhicules, avant de lancer des pierres et de placer des troncs d'arbres sur la route qui relie la capitale régionale Cuzco à la mine.

Réagissant à ces violences, Xstrata a indiqué dans un communiqué transmis à l'AFP travailler avec les autorités nationales et régionales pour établir un dialogue avec les personnes impliquées dans les manifestations afin de trouver une solution et rétablir la paix et l'ordre dans la province.

Les autorités régionales d'Espinar accusent Xstrata de polluer deux rivières et exigent une étude environnementale.

Le groupe minier a pour sa part affirmé respecter les normes environnementales. Nos activités sont conformes aux obligations définies par la loi. Cela a été prouvé par divers processus de surveillance réalisés par des agences compétentes, a-t-il précisé.

Xstrata s'est néanmoins déclaré prêt à réaliser des études complémentaires pour répondre aux craintes de la population, a souligné le géant du secteur.

Les heurts sont intervenus quand les forces de l'ordre ont voulu disperser les centaines de manifestants qui bloquaient la route. La police a fait usage de gaz lacrymogène.

Ce mouvement de protestation a été lancé le 21 mai, lorsque les autorités d'Espinar ont dénoncé une apparente pollution chimique des fleuves Salado et Cañipa, proches de la mine de Tintaya.

Elles réclament en outre une augmentation des subsides reversées par le groupe suisse aux communauté locales, réunies sous la bannière du Front de défense d'Espinar.

Xstrata a réagi sur ce point, affirmant avoir exprimé publiquement sa volonté d'améliorer l'accord cadre réglant le versement des subsides.

Dans le cadre de cet accord, le groupe s'est engagé à verser 3% du bénéfice avant impôt dégagé par la mine de Tintaya à des projets sociaux, soit 10 millions de dollars (8 millions d'euros) en 2011. Ce montant vient s'ajouter aux impôts et autres taxes que paie le groupe, a-t-il souligné.

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Xstrata

(©AFP / 29 mai 2012 13h06)