Premiers maraîchers de Guyane, les Hmongs veulent se convertir au bio


JAVOUHEY (Guyane française) - On les appelle les fois 7, parce qu'ils utiliseraient sept fois plus de pesticides que ne l'autorise la réglementation française: les Hmongs produisent 80% des fruits et légumes consommés en Guyane et essaient de se convertir à l'agriculture bio.

Le sol n'est pas assez bon et il y a trop d'insectes ici, la Guyane c'est pas facile, explique à l'AFP Kieng Siong, 60 ans. Assis sous un abri de tôle ondulée avec son épouse et son cousin, ils lavent à l'eau claire une à une les oranges récoltées la veille.

Les taches noires c'est la cochenille, il faut laver les oranges pour les vendre samedi au marché de Cayenne, à quatre heures de route de Javouhey, précise-t-il. Comme chaque semaine en cette fin de saison des pluies, ses deux fils y vendront environ une tonne de ces agrumes produits en Guyane.

Javouhey, une commune de petites maisons entourées de massifs fleuris, certaines sur pilotis comme au Laos, compte 153 familles, toutes dédiées à la production maraîchère et de fruits depuis l'arrivée en 1979 des premiers réfugiés fuyant les persécutions du régime communiste laotien.

Ici c'était la forêt quand on est venu. Le Secours catholique nous a aidés à défricher et on a construit nos maisons et commencé nos plantations, raconte Kieng Siong, l'un des pionniers de la communauté.

Les premiers Hmongs étaient arrivés deux ans plus tôt, en novembre 1977, installés par les autorités à Cacao, un coin perdu dans la forêt amazonienne devenu aujourd'hui le fleuron de la production agricole guyanaise.

Issus d'un peuple montagnard habitué à travailler dur, les 2.000 Hmongs présents aujourd'hui dans le département reconnaissent avoir utilisé pesticides et engrais. On n'avait pas le choix, note l'agriculteur car le sol de latérite est très pauvre en Guyane.

Pour produire des fruits de la passion par exemple, au bout de deux ans, le sol est épuisé. Alors ils ont employé de la chaux agricole et ont tenté de venir à bout des myriades d'insectes avec des produits phytosanitaires dont l'utilisation est désormais strictement réglementée par Paris et l'Union européenne.

Au Surinam voisin, à moins de 50 km de Javouhey, de l'autre côté du fleuve Maroni, ces produits s'obtiennent toujours facilement, la réglementation y étant bien moins contraignante, selon Samuel Assemat, de la Chambre d'agriculture de Saint-Laurent-du-Maroni.

Il est chargé d'un programme d'encadrement pour l'agriculture familiale en Guyane. Car le principal problème sur les pesticides, c'est le manque de formation et de connaissances techniques des Hmongs.

Kieng Siong assure à la journaliste de l'AFP n'utiliser actuellement que de la bouillie bordelaise, c'est bio, pour les deux récoltes annuelles, l'une en début de saison des pluies et l'autre à la fin.

On a utilisé de l'atrazine, mais maintenant c'est interdit, ajoute-t-il. Paris a interdit en 2003, l'UE en 2004, ce pesticide qui est dangereux pour la faune et qui serait cancérigène. Mais personne n'a été malade chez nous à Javouhey, affirme Kieng Siong.

Le Grenelle de l'Environnement a fixé un objectif de réduction de 50% des pesticides utilisés d'ici 2018. Pour y parvenir, ces maraîchers venus d'Asie ont commencé à se regrouper en associations locales de producteurs et envisagent à terme de créer leur label agriculture raisonnée.

(©AFP / 28 juin 2011 08h05)