Près de Lacq, Mourenx, première ville nouvelle de France, une remarquable expérience sociale


MOURENX (France) - Mourenx, première ville nouvelle de France bâtie en 1958, peuplée par des ouvriers attirés par la découverte du gisement gazier de Lacq, a été le théâtre d'une remarquable expérience sociale, témoigne l'ancien instituteur et maire de la ville, André Cazetien.

Mourenx, qui assistera mardi à la fin de l'exploitation commerciale du gisement, a été la première ville nouvelle à avoir le visage d'hommes et de femmes venus de toutes les parties de la France, d'Espagne, du Portugal ou d'Afrique du Nord, se remémore André Cazetien, 90 ans, après une vie sociale remplie de trois mandats de maire (1977-1995) et une carrière d'instituteur, à Lacq et Mourenx (Pyrénées-Atlantiques).

Avec ma femme (institutrice comme lui en poste à partir de 1962 à Mourenx, NDLR), on a vécu quelque chose d'exceptionnel, une période unique. Mourenx a été un lieu remarquable d'expérience sociale, se souvient M. Cazetien dans son modeste appartement, construit en 1958 comme le reste des tours de la ville.

Il raconte la découverte du gigantesque réservoir de gaz naturel qui a alimenté jusqu'à 50% de la consommation française, l'arrivée massive de main d'oeuvre, la construction de logements modernes pour accueillir ces familles fuyant la misère, les dictatures, la fin des colonies.

L'étranger n'existait pas ici (...) il y avait l'exaltation d'exploiter une richesse naturelle au service du pays tout entier.

Ce bonheur d'habiter dans des logements neufs, clairs, avec de l'eau courante, a généré un état d'esprit et une solidarité formidables.

Certaines rentrées, on créait dix nouvelles classes (...) Il n'y avait pas de cheveux blancs. Quand on en voyait, c'était une curiosité et on se retournait, raconte avec espièglerie celui qui est aujourd'hui écrivain et publiera en novembre son 11e livre, Si je redevenais instituteur, aux éditions Gascogne.

Militant puis maire communiste, André Cazetien a vu ses idéaux prendre forme avec l'enrichissement culturel d'une population paysanne devenue ouvrière, l'épanouissement par l'activité sportive avec la construction de multiples installations (vélodrome, bassin olympique..), et surtout une réelle démocratie participative: il y avait 99% de locataires, et lorsqu'il s'est agi de discuter des charges locatives, il y avait 1.000 personnes sur la place. De la vraie démocratie directe.

Ces combats ont, selon M. Cazetien, façonné un certain état d'esprit.

S'oxygéner les poumons

Au début, il y avait tellement de pollution qu'au mois de juin les plantations mouraient et la végétation prenait la couleur de l'automne, poursuit André Cazetien.

La population, qui se devait d'avoir en permanence un masque à gaz dans une sacoche en bandoulière, a lutté pour une prise en compte de la pollution par la Société nationale des pétroles d'Aquitaine (SNPA). De son côté, l'instituteur a pris en photo les enfants de sa classe mettant le masque à gaz, récoltant des dons de personnalités pour les emmener en classe de neige s'oxygéner les poumons.

Mourenx, 11.125 habitants en 1964, contre 300 au départ, en abrite désormais 7.000, la cité ayant perdu de la population, contrairement aux autres villes du bassin.

Les premiers à partir ont été les enfants d'ouvriers, leurs parents étant encore trop loin de la retraite pour leur céder place. Et ceux qui pouvaient accéder à la propriété ont préféré investir dans les villages environnants, la modernité architecturale de Mourenx ayant, comme ailleurs, mal vieilli.

Pourtant, l'expérience menée à Mourenx, vitrine de la modernité, avait généré les visites enthousiastes du Général de Gaulle en février 1959 ou même celle en mars 1960 du premier secrétaire du Parti communiste de l'ex-URSS, Nikita Kroutchev.

Habitants et anciens résidents se sont retrouvés grâce à internet à l'occasion du 50e anniversaire de la ville célébré en 2008. J'ai quelque part dans mon coeur une ville qui scintille comme scintillaient dans la nuit les flammes des torchères, a écrit un habitant, Philippe Botella, en décembre 2007 sur le site de l'association La saga de Mourenx, qui entend préserver la mémoire collective de l'ancienne ville nouvelle.

lab/mck/ggy

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(©AFP / 13 octobre 2013 17h40)

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