Réduction du nucléaire: la question n'est plus taboue pour les syndicats


PARIS - La remise en cause du nucléaire en France, secteur riche en emplois, n'est plus taboue au sein des principales organisations syndicales, poussées à s'interroger sur une énergie qui suscite régulièrement inquiétudes et controverses, et plus encore à cinq mois de la présidentielle.

Une début de discorde entre le PS et les Verts - désormais d'accord pour réduire de 75% à 50% d'ici 2030 la part du nucléaire dans la production d'électricité - a relancé les débats incitant le Président Nicolas Sarkozy à mettre en garde contre des dommages considérables pour l'industrie française.

Pour Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, premier syndicat de la filière, la réduction de voilure est concevable.

Interrogé sur BFM radio, il a reconnu vendredi que la CGT avait un débat en interne sur la politique énergétique du pays qui pouvait générer des points de vues différents à l'intérieur même du syndicat, traditionnellement contre une sortie du nucléaire à cause des conséquences sur l'emploi.

Près de 410.000 emplois dépendraient de l'industrie nucléaire, dont 125.000 emplois directs, soit 2% des emplois en France, selon une étude réalisée par le cabinet PriceWaterhouseCoopers pour Areva.

Bernard Thibault a admis que ce n'était pas un sujet simple, mais que la dimension citoyenne devait pouvoir s'exprimer à un moment donné.

Pour le cégétiste, la question de l'énergie est un enjeu de société. Il faut réfléchir sur les technologies à utiliser (..) pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

De son côté, le secrétaire général de la CFDT, François Chérèque, est allé plus loin en proposant de baisser de 20% la part du nucléaire dans la production d'énergie pour protéger la planète.

Baissons au même niveau que les Allemands les 20% de la part du nucléaire, on verra bien si on peut aller plus loin après, a-t-il dit lundi au micro de RTL.

Par contre, le secrétaire général de FO, Jean-Claude Mailly est resté sur la position traditionnelle du syndicat, c'est-à-dire favorable à la filière nucléaire dans son ensemble.

Nous n'avons pas changé de position parce qu'il y a une campagne électorale, nous avons toujours été favorables à la filière nucléaire dans son ensemble, il n'y a pas que l'industrie, il y a tout ce qui tourne autour, a-t-il dit vendredi sur Canal+.

Pour la secrétaire nationale de l'Unsa, Christine Dupuis, il faut un bouquet énergétique qui ne soit pas essentiellement nucléaire et qu'il y ait toutes sortes d'énergies renouvelables en France.

A l'inverse des confédérations syndicales, plusieurs syndicats de la branche nucléaire ont réagi vivement, se disant inquiets de la tournure du débat politique actuel sur le dossier nucléaire.

Le Comité de groupe européen d'Areva, qui rassemble tous les syndicats européens de l'entreprise, a estimé qu'il n'y avait pas de solutions sans le nucléaire et surtout sans dialogue avec ses salariés. Pour le comité, l'avenir et la vie des salariés ne sont pas des enjeux politiques.

Pour la CFTC des industries électriques et gazières (IEG), certains envisagent l'avenir de notre filière industrielle comme une longue et interminable fin avec comme seule perspective l'arrêt et la déconstruction des outils de production.

Le syndicat s'est dit prêt à accompagner le vent de révolte qui risque bientôt de gronder au sein des IEG.

La CFE-CGC d'Areva a de son côté estimé que, l'énergie était prise en otage par les politiques.

Le parc nucléaire français est le deuxième au monde derrière les États-Unis. Il compte 58 réacteurs répartis sur 19 sites et fournit environ 75% de l'électricité de l'Hexagone.

(©AFP / 18 novembre 2011 18h44)