Sénégal: Paris regrette l'exclusion de certaines tendances politiques


PARIS - La France est sortie de sa réserve sur le Sénégal lundi en regrettant que toutes les sensibilités politiques ne puissent être représentées à l'élection présidentielle du 26 février et en s'inquiétant des multiples arrestations.

La France regrette que toutes les sensibilités politiques ne puissent être représentées. En outre, elle étudiera avec la plus grande attention les observations que fera la mission de l'Union européenne sur le processus de validation de ces candidatures, a déclaré Bernard Valero, porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

Le Conseil constitutionnel sénégalais a confirmé dans la nuit de dimanche à lundi la liste des candidats à la présidentielle de février qu'il avait publiée vendredi, sur laquelle figure le chef de l'Etat sortant Abdoulaye Wade. La validation de sa candidature avait provoqué des violences et de nombreuses arrestations dans les rangs de manifestants mobilisés par l'opposition.

En revanche, l'exclusion du chanteur Youssou Ndour a été confirmée, au motif qu'il n'avait pas présenté un nombre suffisant de signatures valides pour le soutenir.

Nous sommes extrêmement préoccupés par la mise en garde à vue des membres du M23 (opposition politique et société civile) et notamment celle de son porte-parole, M. Alioune Tine, également Président de la Rencontre africaine pour les droits de l'homme (RADDHO) survenue samedi 28 janvier, a souligné M. Valero.

Face aux multiples arrestations, la France rappelle son attachement au respect des procédures judiciaires et des droits de la défense. Nous condamnons, par principe, toute instrumentalisation de la justice à des fins politiques, a-t-il poursuivi.

Paris appelle lensemble des acteurs à la responsabilité avant le lancement de la campagne électorale, qui doit se dérouler dans le calme et la pluralité.

Le Conseil constitutionnel avait notamment à se prononcer sur les recours en annulation de la candidature Wade déposés par sept candidats d'opposition qui la jugeaient non conforme à la Constitution, affirmant qu'élu en 2000, réélu en 2007, M. Wade, 85 ans, a épuisé ses deux mandats légaux.

Le camp du chef de l'Etat récuse cet argument, mettant en avant des réformes de la Constitution en 2001 et 2008 qui lui permettraient de se représenter.

Cette mise en garde de Paris, consécutive à l'arrestation de nombreux manifestants et à l'annonce d'une mobilisation de l'opposition contre la candidature confirmée d'Abdoulaye Wade, tranche avec la neutralité affichée jusqu'alors.

Samedi, le ministère des Affaires étrangères s'était borné à appeler au respect de la légalité constitutionnelle, répétant que la France serait particulièrement attentive aux observations que pourrait faire la mission d'observation électorale de l'UE, sans mentionner Abdoulaye Wade ni Youssou Ndour.

La France est présente depuis 350 ans au Sénégal qui fut sa première colonie d'Afrique subsaharienne. Quelque 16.800 Français sont recensés dans ce pays. La présence militaire française y a été fortement réduite l'année dernière, mais Paris maintient toujours au Sénégal 300 militaires.

(©AFP / 30 janvier 2012 14h01)