Sobriété énergétique: des objectifs audacieux et déjà débattus


PARIS - La faisabilité des objectifs de réduction à long terme de la consommation nationale d'énergie, annoncés par François Hollande, fait d'ores et déjà débat, tant ils supposent une modification profonde de la société et des ruptures technologiques.

Pour respecter les engagements pris par la France de réduire par 4 ses émissions de gaz à effet de serre en 2050, par rapport à leur niveau de 1990, le président de la République a fixé deux objectifs complémentaires.

Premièrement, réduire de 50% notre consommation d'énergie finale à l'horizon 2050. Et auparavant, diminuer de 30% la consommation d'énergies fossiles (pétrole, gaz et charbon) à l'horizon 2030.

Des objectifs qui ont aussitôt relancé des dissensions déjà apparues lors du débat national sur la transition énergétique, organisé de fin 2012 à mi-2013.

Il avait donné lieu à de vifs échanges sur la consommation énergétique, entre d'un côté les écologistes partisans d'une baisse drastique (50%), et le patronat (appuyé par certains syndicats) qui plaidait pour une diminution plus modérée (de l'ordre de 20%), sans parvenir à un consensus sur cette question.

Dans le camp des Verts, on se réjouissait ainsi ce vendredi que le chef de l'Etat ait fixé un objectif aussi fort.

C'est un signal ambitieux, c'est celui qui était souhaité par les écologistes dans le débat sur l'énergie, a ainsi estimé le député EELV Denis Baupin.

Mais du côté des entreprises, comme dans certains cercles syndicaux, on soulignait la difficulté à atteindre ce cap sans pénaliser la croissance et le pouvoir d'achat.

Aujourd'hui on consomme autant de pétrole qu'en 1985, on a donc complètement stabilisé notre consommation pétrolière en 30 ans, ce qui est déjà remarquable, a rappelé à l'AFP Jean-Louis Schilansky, président de l'Ufip.

Un défi colossal

30% (d'énergies fossiles en moins en 2030), cela suppose un changement fondamental dans les modes de vie, et la question est de savoir si cet objectif est compatible avec une croissance économique, et donc avec une augmentation du niveau de vie des Français, a-t-il mis en garde.

Le défi est en effet colossal. Actuellement, les énergies fossiles représentent plus de 70% de la consommation totale d'énergie en France.

La réduction de la consommation énergétique ne doit pas être une contrainte pour la société, les entreprises et les citoyens, mais elle doit réellement tenir compte des avancées technologiques et de l'évolution de la croissance du pays, a déclaré de son côté Alexandre Grillat, secrétaire national de la CFE-CGC, chargé du développement durable et de l'énergie.

Des difficultés que François Hollande a lui-même reconnues. 50%, on dira que le pari est audacieux, et qu'en 2050, qui ira vérifier ?.

Mais la question est : +est ce qu'il est hors de portée, est ce que c'est possible ?+, a-t-il dit, avant de souligner : ce n'est pas un dogme. Si c'est un peu moins, ce ne sera pas une calamité, et si c'est un peu plus, nous aurons bien travaillé.

Il a évoqué plusieurs solutions qui, mises bout à bout, pourraient permettre d'aboutir à la sobriété énergétique, comme les véhicules électriques et hybrides, l'isolation des logements, le développement des transports collectifs. Avec, à chaque fois, un soutien de l'Etat.

Et le président a cherché à rassurer, en soulignant qu'il s'agissait de faire de la transition énergétique une opportunité pour améliorer le pouvoir d'achat des ménages et la compétitivité des entreprises, et améliorer le commerce extérieur français.

Si nous réduisons notre consommation d'énergie, nous pourrons faire une économie de 20 à 50 milliards sur notre facture énergétique, d'ici 2030. C'est deux fois le choc de compétitivité, a-t-il insisté, avant de lancer que la transition énergétique, c'est une statégie gagnante pour l'économie.

(©AFP / 20 septembre 2013 16h40)