Sommet 3 bassins forestiers: le biodiversité éclipsée par le carbone


BRAZZAVILLE (Congo) - Au dernier jour du sommet des trois bassins forestiers tropicaux - Congo, Amazonie, Bornéo-Mékong - de nombreux experts tentent vendredi à Brazzaville de remettre la biodiversité au centre de débats sur la protection des forêts, estimant que le débat sur le carbone occulte les autres enjeux.

Le premier sommet des trois grands bassins forestiers tropicaux du monde s'était ouvert dimanche à Brazzaville. A eux trois ils représentent 80% des forêts tropicales du monde et deux tiers de la biodiversité terrestre, selon les experts.

Mes amis du Museum (d'Histoire naturelle) ne veulent plus entendre parler de REDD (Programme de l'ONU pour la réduction des émissions résultant du déboisement et de la dégradation des forêts): ils pensent que c'est une machine à transformer les forêts en plantations d'arbres, plaisante le chercheur économiste du Cirad (Recherche agronomique pour le développement) Alain Karsenty.

La prise de conscience du changement climatique et du réchauffement global de la planète a mobilisé chercheurs, politiciens et medias sur la réduction des émissions de carbone.

Au départ, dans la lutte contre le réchauffement climatique, il y a conserver les forêts. Les défenseurs de la biodiversité, les gens du carbone et les défenseurs des populations autochtones étaient sur la même longueur, mais après, la négociation (sur le carbone) avançant, on a ajouté des choses dont la bombe à retardement que sont les plantations, estime M. Karsenty.

S'il faut évidemment lutter contre les émissions de carbone, M. Karsenty note que certains lobbies, notamment asiatiques, ont réussi à faire admettre que couper des forêts pour installer des plantations de palmiers à huile, d'eucalyptus ou autres n'était pas de la déforestation puisque le bilan carbone était le même ou similaire.

Ce n'est pas faux mais le problème des plantations est absolument terrible. Beaucoup de gens qui sont sur la biodiversité ont pris leurs distances avec REDD en disant +On va foutre en l'air la biodiversité pour augmenter les stocks de carbone+. Ce qu'ils ont déjà fait, souligne-t-il.

La biodiversité est importante pour la survie des forêts elles-mêmes, pour leur adaptation à des changements éventuels, notamment climatiques. S'il n'y a pas de diversité, au moindre problème pathologique ou de maladie on perd tout. Ne pas protéger la biodiversité, c'est mettre tous ses oeufs dans le même panier, souligne Sophie Diroux, du Bureau d'études Terea, spécialisé dans les problématiques relatives à la protection de l'environnement et la gestion durable des ressources naturelles.

On est aussi très loin de connaître tout le potentiel des forêts, ajoute-t-elle.

70% de la biodiversité mondiale se trouve dans les pays en développment, précise Oliver Hillel, du secrétariat de la Convention sur la Biodiversité. La biodiversité est une des bases pour le développement futur de ces pays. C'est un atout important qu'il faut conserver.

Daniel Mbolo, expert forestier de la Commission des forêts d'Afrique centrale (Comifac) qui regroupe les 10 pays du Bassin forestier du Congo, admet qu'en convertissant des forêts en plantations, il arrive qu'on détruise des espèces qui captent moins de carbone pour les remplacer par d'autres qui en captent plus.

Toutefois, il estime qu'il ne faut pas mettre les différents sujets en concurrence: Il y a des préoccupations et des thématiques qui émergent. Avec la lutte contre le réchauffement climatique, le carbone est devenu un centre d'intérêt. C'est normal d'en parler. C'est un problème de gestion. Il ne faut pas dissocier ou créer des conflits entre les thématiques. Tout (carbone, biodiversité) est lié et tout est important.

Le premier sommet des trois grands bassins forestiers tropicaux du monde s'était ouvert dimanche à Brazzaville. A eux trois ils représentent 80% des forêts tropicales du monde et deux tiers de la biodiversité terrestre, selon les experts.

(©AFP / 03 juin 2011 09h14)

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