Taxe sur les transactions : le Royaume-Uni n'en veut qu'à l'échelle mondiale


LONDRES - Le gouvernement et les milieux d'affaires britanniques ont émis mercredi de fortes réserves sur le projet franco-allemand de taxer les transactions en Europe, réaffirmant qu'une telle taxe devait s'appliquer mondialement et nuirait aux pays qui l'imposeraient unilatéralement.

A l'issue d'un sommet bilatéral sur la gouvernance de la zone euro organisé mardi à Paris, la chancelière allemande Angela Merkel et le président français Nicolas Sarkozy ont indiqué qu'ils allaient proposer au mois de septembre que l'Union européenne (UE) instaure une taxe sur les transactions financières.

Le gouvernement va continuer à mener des discussions avec ses partenaires internationaux sur la taxation des transactions financières. Mais toute taxe sur les transactions financières doit s'appliquer mondialement, autrement les transactions concernées vont simplement se déplacer vers les pays qui n'en appliquent pas, a déclaré à l'AFP un porte-parole du ministère des Finances britannique.

L'Association des banques britanniques (BBA) s'est faite l'écho des arguments du ministère, répétant qu'une telle taxe n'était concevable qu'à l'échelle planétaire, et que les pays qui viendraient à l'appliquer unilatéralement seraient économiquement lésés.

Nous devons nous assurer que si les responsables politiques réfléchissent à une taxe sur les transactions, ils le fassent au niveau mondial, autrement cela aurait pour conséquence de perturber les marchés financiers, ce qui au bout du compte pèserait sur l'activité et la croissance économiques, a expliqué à l'AFP un porte-parole de l'organisation.

Et la principale organisation patronale britannique, la Confederation of British Industry (CBI) a joint sa voix à ce concert de critiques.

Cette taxe pousserait les transactions vers d'autres juridictions, comme New York et Hong-Kong, et endommagerait la compétitivité à long terme du Royaume-Uni en tant que centre majeur pour les entreprises de services financiers, et ne récolterait probablement pas grand chose, a renchéri Neil Bentley, numéro deux de la CBI.

Seule voix discordante, l'organisation Robin Hood Tax (taxe robin des bois, une référence au brigand de légende qui volait aux riches pour donner aux pauvres), qui milite en faveur d'une telle taxe, a salué l'initiative franco-allemande, y voyant un énorme pas en avant, qui laisse le Royaume-Uni de plus en plus isolé, selon son porte-parole Max Lawson.

Le gouvernement et le secteur financier britanniques cherchent à préserver la position de la City, première place financière d'Europe et l'une des plus importantes de la planète, qui risquerait de pâtir fortement d'une telle taxe.

Londres est en effet la première place pour les transactions sur le marché des devises et abrite plusieurs plateformes boursières majeures, comme le London Stock Exchange (Bourse de Londres, premier marché d'actions européen par la valeur des des échanges), le marché à terme Liffe (filiale du groupe transatlantique NYSE Euronext), ou la Bourse des métaux londonienne, le LME.

A la Bourse de Londres, les investisseurs se sont inquiétés de ce projet, qui les a poussés à se détourner des valeurs bancaires et financières. Vers 14H00 GMT, l'action du London Stock Exchange reculait ainsi de 3,73% à 838 pence, tandis qu'Icap, premier courtier interbancaire mondial, cédait 3,89% à 426,9 pence.

(©AFP / 17 août 2011 16h44)

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