Tollé en Autriche contre une extension du programme nucléaire tchèque


VIENNE - Le gouvernement autrichien, par la voix de deux ministres, a marqué son opposition à un projet du ministère tchèque de l'Industrie d'augmenter sensiblement les capacités nucléaires du pays, projet révélé par la presse praguoise.

Six mois après la terrible catastrophe de Fukushima au Japon, nos voisins n'en ont tiré aucune leçon, alors que la devise doit être: sortie de l'atome et en marche vers les énergies renouvelables, a affirmé samedi, dans un communiqué, le ministre autrichien de l'Environnement, Nikolaus Berlakovich (ÖVP, démocrate-chrétien).

Auparavant, le vice-chancelier et ministre des Affaires étrangères, le démocrate-chrétien Michael Spindelegger, avait demandé dans un communiqué à Prague de repenser ses plans dans un cadre européen, annonçant que l'Autriche emploiera tous les moyens politiques et juridiques pour s'opposer aux plans nucléaires tchèques.

Selon un rapport du ministère tchèque de l'Industrie, publié par la presse tchèque, Prague veut faire passer ses capacités de production d'énergie nucléaire de 3,78 gigawatts aujourd'hui à 18,69 gigawatts. A l'horizon de l'an 2060, la part de l'énergie nucléaire dans l'économie tchèque devrait passer à 80%, ce qui impliquerait la construction dans les prochaines années de 10 à 15 nouvelles centrales nucléaires, selon des experts autrichiens.

Et Prague a déjà décidé l'agrandissement de la centrale nucléaire de Temelin, construite entre 1987 et 2000 et située à proximité de la frontière austro-tchèque, avec la mise en service d'ici 2025 de deux réacteurs supplémentaires.

Or, l'Autriche, qui a dit non à l'atome à la fin des années 1970, défend une ligne anti-nucléaire stricte et dénonce régulièrement la vétusté des centrales de ses voisins.

Outre les deux ministres, la classe politique autrichienne, du Parti social-démocrate (SPÖ) au Parti populaire (ÖVP, démocrate-chrétien), tous deux au pouvoir dans un gouvernement de grande coalition, en passant par l'extrême droite (FPÖ) et Les Verts, ainsi que les organisations de défense de l'environnement, Greenpeace en tête, ont stigmatisé la position tchèque.

Ainsi, Greenpeace estime que le lobby du groupe nucléaire tchèque CEZ est à l'oeuvre derrière les plans du ministère de l'Industrie en vue de dégager des revenus substantiels dans l'exportation d'énergie nucléaire.

Lors d'une rencontre le 22 mars avec son homologue tchèque, Petr Necas, à Vienne, le chancelier social-démocrate Werner Faymann avait réclamé que les associations environnementales autrichiennes aient leur mot à dire sur l'agrandissement de la centrale de Temelin.

Dans le cas de Temelin, Vienne avait remis aux autorités tchèques un rapport soulignant des déficiences en termes de sécurité, alors que l'expertise menée par Prague n'a relevé aucun obstacle à cet agrandissement.

Les pays européens ont certes le droit de décider de leur politique énergétique, mais les populations européennes ont aussi le droit d'être protégées contre les dangers de l'utilisation de l'énergie nucléaire, avait alors déclaré le président autrichien Heinz Fischer.

(©AFP / 17 septembre 2011 19h05)