Transition énergétique: le cap fixé jeudi


PARIS (France) - Le débat national sur la transition énergétique, voulu par François Hollande pour esquisser une France moins énergivore, utilisant moins de nucléaire et d'énergies fossiles, doit finaliser jeudi une quinzaine de recommandations censées poser les bases d'une loi attendue à l'automne.

Diviser par deux la consommation d'énergie d'ici 2050, engager la fermeture des centrales nucléaires, financer la rénovation de 500.000 logements par an... Ces recommandations seront suffisamment larges pour tenter de concilier les intérêts divergents.

Elles laisseront surtout au gouvernement le choix de trancher les sujets les plus sensibles, au vu du document provisoire transmis aux entreprises, syndicats, ONG, élus et experts impliqués depuis neuf mois dans ce brainstorming géant sur l'avenir énergétique de la France.

Une esquisse de facture est avancée: 2.000 milliards d'euros d'investissements d'ici 2050, mais la transition permettrait aussi de réduire d'un montant plus important (3.000 milliards) la facture énergétique, selon ce document. L'ambition est de rééquilibrer une balance commerciale plombée par ses importations pétrolières mais aussi de permettre à la France de tenir ses engagements climatiques.

Les quinze recommandations doivent être entérinées par les acteurs du débat jeudi lors de la dernière séance plénière à Paris. Elles ont été rédigées par le comité de pilotage, au terme d'un processus au long cours rythmé par neuf réunions plénières avec tous les acteurs mais aussi des travaux de groupes de travail spécialisés (financement, renouvelables, etc.) et d'auditions de nombreux experts.

Remises au gouvernement le 20 septembre lors de la Conférence environnementale annuelle, elles doivent nourrir une loi de programmation énergétique présentée à l'automne au conseil des ministres et débattue début 2014 au Parlement.

Il n'y a pas de sujet tabou et toutes les idées pourront s'exprimer, avait assuré Delphine Batho en lançant en novembre un processus qui, en dépit de quelque 850 débats décentralisés en régions, a peiné à impliquer le grand public.

Limogée début juillet, l'ex-ministre de l'Ecologie a depuis pointé le poids des lobbies en affirmant que certaines puissances économiques n'acceptaient pas le niveau d'ambition qu'(elle) fixai(t) pour la transition énergétique, notamment sur les gaz de schiste ou le nucléaire.

Cap ambitieux

Sur moi, il n'y a qu'un seul lobby qui a de l'influence, c'est celui de l'intérêt général et des générations futures, a assuré son successeur Philippe Martin, chargé de piloter la fin du processus.

Les quinze recommandations finales apparaissent assez générales pour tenir compte des intérêts parfois contraires mais donnent des orientations claires au gouvernement, estime l'économiste Alain Grandjean, qui préside le groupe d'experts du débat.

Elles fixent notamment le cap ambitieux de réduire la consommation énergétique de 50% d'ici 2050. Un objectif toutefois excessif pour certains acteurs, notamment les entreprises, qui proposent de s'en tenir à une réduction de 20%.

Cet objectif passe notamment par une rénovation beaucoup plus importante dans le bâtiment, érigé en objectif prioritaire. Les recommandations plaident pour la mise en oeuvre de dispositifs de financement spécifiques pour rénover 500.000 logements par an.

Sur les sujets plus sensibles, la prudence est de mise. Sur le nucléaire, par exemple, est préconisée une étude pluraliste de faisabilité pour préciser les trajectoires permettant de respecter l'engagement pris par François Hollande de réduire de 75% à 50% la part de l'atome dans la production d'électricité d'ici 2025.

Une telle étude est une façon déguisée de remettre en cause l'objectif, peste Greenpeace. L'ONG boycotte le débat officiel mais s'est rappelée à son bon souvenir en faisant intrusion lundi dans la centrale du Tricastin (Drôme) pour dénoncer le risque nucléaire.

Pendant le débat, les entreprises ont explicitement plaidé pour un prolongement du parc nucléaire français, au nom de la compétitivité de cette énergie.

Le plus dur reste à faire maintenant pour le gouvernement, résume Alain Grandjean, reconnaissant que les atermoiements actuels du gouvernement, après l'éviction de Mme Batho notamment, font douter de (sa) volonté de transformer l'essai après ce débat plus productif sans doute qu'attendu.

(©AFP / 16 juillet 2013 07h25)