UE: réunion de la dernière chance à Bruxelles pour sauver l'aide alimentaire


BRUXELLES - Une réunion de la dernière chance est prévue mardi à Bruxelles pour empêcher une réduction draconienne d'un programme européen d'aide alimentaire pour les pauvres, jugé crucial par les organisations caritatives mais contesté notamment par Berlin et Londres.

C'est la dernière chance, a commenté lundi un diplomate européen sous couvert de l'anonymat. Si aucun accord n'est trouvé mardi au cours d'une réunion des ministres européens de l'Agriculture, le mois prochain il sera trop tard et le programme devra passer de 480 millions d'euros annuels à 113,5 millions d'euros en 2012, a averti un diplomate européen sous couvert d'anonymat.

Actuellement plusieurs Etats européens forment une minorité de blocage qui s'oppose au maintien en l'état du budget annuel du Programme européen d'aide aux plus démunis (PEAD), à la suite d'un arrêt de la Cour européenne de justice en avril.

Selon un diplomate européen, l'Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la République tchèque, le Danemark, et la Suède se sont jusqu'ici opposés à une formule transitoire qui permettrait de surmonter les objections de la Cour de justice et de maintenir le PEAD à son niveau actuel pour 2012 et 2013.

La Lettonie a aussi formulé des réserves sur certains points.

Nous n'avons rien contre l'aide aux nécessiteux, mais cela relève de la politique sociale, qui est du ressort des Etats membres a commenté un diplomate d'un de ces Etats.

Ce programme, créé en 1987 sous l'impulsion du président de la Commission européenne de l'époque, Jacques Delors, à la suite de l'appel du fondateur des Restos du Coeur, l'humoriste français Coluche, permet de distribuer une aide alimentaire à plus de 13 millions de personnes dans 19 des 27 Etats de l'UE, tirée des stocks européens de la Politique agricole commune.

L'Italie, la Pologne et la France en sont les principaux bénéficiaires.

Mais ces deux dernières années, le niveau des stocks était si bas que l'UE a dû le compenser par d'importants achats de nourriture à destination des banques alimentaires.

A la suite d'une plainte de l'Allemagne, la Cour européenne de justice de Luxembourg a, en avril, estimé que ces achats étaient incompatibles avec la Politique agricole de l'UE, obligeant la Commission à ramener l'enveloppe pour les années à venir au niveau des stocks existants, soit 113,5 millions d'euros.

Une perspective qui a provoqué un tollé, le président français Nicolas Sarkozy allant jusqu'à s'en émouvoir en juin lors d'un sommet européen. La Commission européenne a finalement trouvé un moyen de contourner les objections de la Cour, mais se heurte désormais à la minorité de blocage.

Ces derniers jours, plusieurs Etats favorables au maintien du programme à son niveau actuel se sont livrés à un lobbying intense auprès des sceptiques pour tenter d'en convaincre au moins un et de faire ainsi voler en éclats la minorité de blocage, ont expliqué des diplomates.

Resterait ensuite à convaincre le Parlement européen, ce qui ne devrait guère poser de problème: en juillet les eurodéputés avaient voté à une écrasante majorité une résolution réclamant une solution transitoire pour maintenir les aides à leur niveau actuel.

(©AFP / 19 septembre 2011 16h13)