USA: la recomposition continue dans le gaz et le pétrole nord-américains


NEW YORK - Le groupe gazier américain Chesapeake a annoncé mercredi la cession de 6,9 milliards de dollars d'actifs aux Etats-Unis, un nouvel exemple de la recomposition du secteur des hydrocarbures en Amérique du Nord, sur fond d'essor du gaz de schiste.

Le numéro deux américain du gaz va vendre une large majorité de ses actifs dans le bassin pétrolifère Permien, au Texas (sud), ses oléoducs et gazoducs, ainsi que des actifs jugés non stratégiques, selon un communiqué.

En incluant les opérations de mercredi, Chesapeake a déjà annoncé pour 11,6 milliards de dollars de cessions depuis janvier. Et il vise jusqu'à 14 milliards sur l'ensemble de l'année.

L'essentiel des recettes est consacré à rembourser ses dettes. Le groupe s'est en effet retrouvé à court de liquidités, frappé par la baisse des prix du gaz naturel qu'a provoqué l'exploitation accrue de sources non conventionnelles d'hydrocarbures, au premier rang desquelles le gaz de schiste.

Ce dernier, qui représentait déjà plus de la moitié de la production américaine de gaz naturel en 2010, pourrait voir sa part monter jusqu'à 79% d'ici 2035, selon des estimations du cabinet IHS Global Insight.

Les volumes accrus ont fait plonger les cours, au point que certains groupes ont décidé de réduire leur production ou, comme Chesapeake, sont poussés à céder des actifs.

Nous commençons à voir des ventes de détresse de la part d'entreprises qui ressentent la pression des bas prix du gaz naturel en Amérique du Nord, souligne le cabinet Deloitte dans un rapport publié cet été.

Mais cette situation parallèlement crée des opportunités d'achats d'actifs gaziers à bas prix pour d'autres acteurs, d'autant qu'avec des cours du pétrole pour leur part toujours élevés, les grandes majors internationales (...) ont largement l'argent pour financer des achats, relève Deloitte.

Parmi les acheteurs des actifs de Chesapeake au Texas figurent ainsi l'anglo-néerlandais Shell, qui a précisé investir 1,935 milliard de dollars, et l'américain Chevron.

Le français Total a aussi annoncé en début d'année un investissement de 2,3 milliards de dollars dans des gisements de gaz de schiste dans l'Ohio (est), évoquant à l'époque une stratégie de développement dans des gisements non conventionnels offrant un fort potentiel.

Et l'américain Noble Energy a mis 3,4 milliards sur la table en août pour prendre une participation dans un gisement de gaz de schiste encore non exploité dans les Appalaches (est).

La recomposition ne touche pas seulement les gisements de gaz, mais aussi ceux de pétrole jugés plus rentables, et où les nouveaux modes d'exploitation ont dopé les perspectives offertes par certains types de sites, comme les sables bitumineux.

La vraie valeur est la valeur liquide, pas le gaz, commentait ainsi en janvier le PDG de l'américain Apache, Steven Farris, en rachetant pour 2,85 milliards de dollars son concurrent Cordillera Energy Partners III, actif sur des gisements non conventionnels au Texas et en Oklahoma (sud).

Plusieurs groupes asiatiques se sont aussi lancés récemment à l'assaut des gisements d'hydrocarbures nord-américains, multipliant notamment les investissements au Canada, qui possède d'importantes réserves dans les sables bitumineux.

Le groupe pétrolier CNOOC pourrait ainsi réaliser le plus gros investissement chinois jamais réalisé dans ce pays: il a annoncé fin juillet son intention d'acquérir le canadien Nexen, qui dispose d'énormes réserves dans les sables bitumineux, pour 15,1 milliards de dollars.

Le malaisien Petronas a aussi prévu de racheter Progress Energy pour environ 5,5 milliards de dollars, et un autre canadien, Encana, a obtenu plusieurs milliards de dollars de deux investisseurs japonais.

CHESAPEAKE ENERGY

ROYAL DUTCH SHELL

CHEVRON

TOTAL

APACHE

CNOOC

PROGRESS ENERGY

ENCANA

(©AFP / 12 septembre 2012 18h20)