USA: le boom du pétrole et gaz de schiste, coup de pouce économique contesté


NEW YORK - Le boom du pétrole et gaz de schiste apporte à l'économie américaine un coup de pouce dont elle a besoin pour accélérer sa reprise, même si ces nouvelles sources d'énergie sont controversées pour leur risque environnemental potentiel.

C'est une industrie encore jeune, amenée à se développer dans les années qui viennent, estime Raoul Leblanc, analyste du cabinet de conseil spécialisé PFC Energy.

Le forage des gisements de schiste, des formations rocheuses poreuses riches en hydrocarbures, est vraiment monté en puissance ces trois à quatre dernières années grâce à l'essor de nouvelles techniques: le forage à l'horizontale et la fracturation hydraulique ou fracking.

Elle consiste à injecter à haute pression d'énormes quantités d'eaux additionnées de sable et d'aditifs chimiques (anticorrosion, gélifiant, etc.).

Une technologie accusée par les défenseurs de l'environnement et de nombreux riverains de polluer les nappes phréatiques et l'air et d'assécher les lacs ou sources environnantes, et même de fragiliser les sols voire de favoriser les tremblements de terre en raison du grand nombre d'explosions souterraines.

Par précaution, certains Etats comme celui de New York ont suspendu les autorisations de forage. La fracturation est interdite en France ou en Bulgarie.

Mais dans une économie américaine encore convalescente, la pression pour laisser la voie libre à cette véritable ruée vers l'or est forte. Le président Barack Obama s'est d'ailleurs dit partisan de toutes les actions possibles pour développer l'extraction gazière.

En 2010, le forage de gaz de schiste a généré 76 milliards de dollars de revenus et généré ou contribué à 600.000 emplois aux Etats-Unis, selon une étude de la maison de recherche IHS Global Insight.

Des chiffres qui devraient monter à 118 milliards de dollars et 870.000 emplois d'ici 2015, d'après IHS.

Avec des retombées positives pour l'industrie chimique, les mines de sable, les équipements de forage, etc.

L'énergie au niveau international ne crée pas beaucoup d'emplois, c'est une industrie qui fonctionne avec des équipements lourds, alors que l'exploitation des gisements de schiste crée beaucoup d'emplois locaux, pour préparer les sites ou pour conduire les camions servant à distribuer le gaz ou les liquides recueillis, souligne M. Leblanc.

Revers de la médaille de cette exploitation exponentielle des gisements de schiste: les stocks de gaz naturel ont gonflé aux Etats-Unis au point de faire chuter les cours.

Pour tenter d'inverser la tendance, le groupe énergétique Chesapeake a annoncé une réduction de 50% de son forage gazier cette année en Amérique du nord. ConocoPhillips a lui aussi indiqué qu'il allait lever le pied.

Mais c'est pour mieux concentrer leurs efforts vers d'autres formations plus riches en liquides, pétrole ou gaz de schiste liquéfiables, alors que les cours du brut se sont envolés à plus de 100 dollars le baril ces derniers mois, et que ceux de gaz comme le propane ne faiblissent pas.

En outre, le niveau actuel des prix du gaz n'est pas tenable et le surplus gazier est facilement résorbable, affirme M. Leblanc.

Limité dans un premier temps aux entreprises américaines spécialisées, l'engouement pour le gaz de schiste gagne les géants internationaux, comme le français Total, le japonais Marubeni ou le chinois Sinopec.

Les prix (du pétrole) sont élevés et les entreprises ont beaucoup d'argent à investir, alors qu'il y a peu d'opportunités pour le faire, remarque Raoul Leblanc.

D'autant que, comparé aux troubles géopolitiques dans de nombreuses régions pétrolifères, l'Amérique du Nord offre un environnement relativement sûr pour les investissements, ajoute-t-il.

Seul nuage dans cet horizon dégagé: plus que les risques politiques, ce sont surtout les actions en justice de riverains ou d'organisations de défense de l'environnement qui peuvent bloquer la production, juge M. Leblanc.

(©AFP / 16 février 2012 09h51)