Un ministre canadien en Europe pour défendre les sables bitumineux


PARIS - Le ministre canadien des Ressources naturelles Joe Oliver a entamé lundi à Paris une tournée européenne pour s'opposer à un projet de directive européenne qui pénaliserait le pétrole brut extrait des sables bitumineux de l'ouest du Canada.

Toute mesure qui restreint injustement l'accès de l'Union européenne au brut des sables bitumineux menacera la sécurité énergétique du monde et de l'Europe et imposera des coûts indésirables à des économies en difficulté, a plaidé le ministre, lors d'une conférence organisée par la Chambre de commerce France-Canada.

M. Oliver, qui doit se rendre également à Bruxelles et Londres, faisait référence aux discussions au sein de l'Union européenne sur la révision de la directive sur la qualité des carburants adoptée en 2009.

Ce projet de la Commission européenne vise, au nom d'objectifs environnementaux, à classer les carburants selon les émissions de gaz à effets de serre sur l'ensemble de leur cycle (de l'extraction du brut à la combustion). Du coup, le brut issu des sables bitumineux exploités dans la province canadienne de l'Alberta, dont l'extraction nécessite beaucoup d'énergie, serait moins bien classé.

Le Canada conteste vigoureusement ce projet qu'il juge inéquitable, car il ne prendrait pas en compte les émissions totales de certains grands producteurs de pétrole comme la Russie, notamment celles liées au torchage (combustion) ou au rejet volontaire du gaz naturel associé aux gisements de pétrole.

M. Oliver a réaffirmé à des journalistes que la directive devait être appliquée à tous, et basée sur des données scientifiques objectives, et qu'il serait injuste qu'elle pénalise le Canada, qui s'astreint à publier ses données en matière de gaz à effet de serre, alors que d'autres producteurs de brut ne feraient aucun effort pour dévoiler ou même calculer les leurs.

Le ministre a également confirmé que le Canada était prêt à défendre ses intérêts et envisageait un recours auprès de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) s'il n'obtenait pas raison.

Pour l'instant, le Canada n'exporte pas directement de pétrole vers l'UE, 99% de ses exportations de brut étant absorbées par les Etats-Unis, mais le Vieux Continent pourrait devenir un débouché si les Américains, dont la propre production de pétrole non-conventionnel grimpe, réduisaient leurs importations.

L'an dernier, les 27 avaient échoué à s'accorder sur ce sujet. Plusieurs grands pays, dont la France, s'étaient abstenus lors d'un vote, et la question avaient été repoussée après la remise, attendue prochainement, d'une étude d'impact.

(©AFP / 06 mai 2013 17h37)