Vaca Muerta : mystère et polémique derrière l'expropriation de Repsol d'YPF


BUENOS AIRES - Le gisement argentin de Vaca Muerta, riche en pétrole et gaz non conventionnels, crée la polémique depuis que le groupe pétrolier espagnol Repsol l'a désigné comme la raison de son expropriation de sa filiale YPF alors que les experts sont divisés sur la question.

Vaca Muerta est au coeur de l'intérêt qu'avait le gouvernement argentin à prendre le contrôle d'YPF, a lancé Antonio Brufau, le président de Repsol, au lendemain de l'annonce, le 16 avril, par la présidente argentine Cristina Kirchner de l'expropriation partielle de la compagnie YP.

Jeudi, en pleine page des journaux argentins, Repsol faisait valoir que son activité avait permis la découverte, après cinq années de travail et plus de 400 millions de dollars (300 millions d'euros) d'investissement, des ressources non conventionnelles de Vaca Muerta, région située dans le sud-ouest du pays.

Le projet de loi d'expropriation de Repsol de sa filiale argentine YPF a été adopté le même jour au Sénat en première lecture, à une très large majorité: 63 pour, 3 contre. Un résultat similaire est attendu à la Chambre des députés.

Début novembre, Repsol avait annoncé la découverte à Vaca Muerta de l'une des réserves d'hydrocarbures non conventionnelles parmi les plus grandes et de la meilleure qualité au monde. Grâce à cette zone, l'Argentine a été placée à la troisième place mondiale pour les ressources non conventionnelles, derrière les Etats-Unis et la Chine, selon une étude de département de l'Energie américain.

C'est possible que ce soit l'une des raisons, a dit à l'AFP le géologue Daniel Kokogian, interrogé pour savoir si le potentiel de cette zone pouvait avoir précipité la décision d'exproprier Repsol d'YPF à hauteur de 51%.

Presque aussi grande que Taiwan, Vaca Muerta s'étend sur une superficie de 30.000 km2, dont 12.000 km2 détenus par YPF. La partie la plus grande se trouve dans Neuquén et l'autre dans Mendoza, deux provinces frontalières du Chili.

D'autres experts, en revanche, sont convaincus que Vaca Muerta n'est pas la pomme de discorde.

Je ne vois de rapport, a estimé Gualter Chabli, également géologue. On parle beaucoup de Vaca Muerta mais on ignore tout des aspects techniques. Or, ce sont là des ressources non quantifiées et on ignore même si son exploitation est rentable, a-t-il expliqué.

Pour lui, ce ne sont pas des réserves: on est au tout début de l'exploration des ressources non conventionnelles et l'extraction est extrêmement coûteuse.

A ce jour, les résultats d'exploration ont été positifs dans 26 puits mais le pétrole et le gaz de trouvent sous des formations rocheuses peu perméables. On doit donc, pour libérer les flux, les percer en exerçant sur elles une très haute pression.

Pour développer cette zone d'hydrocarbures non conventionnels, appelés également +shale oil+ et +shale gas+, il faut investir 1,5 milliard de dollars par an sur une très longue période, a précisé le consultant Eduardo Barreiro.

Il a fallu investir entre 8 et 10 milliards de dollars pour explorer les 26 puits existants, a rappelé Daniel Kokogian.

Même si on parvenait à baisser de 30 à 40% les coûts dans l'étape de développement, il faudrait pour 100 puits, rien qu'en perforations, entre 5 et 15 milliards de dollars d'investissement, a estimé cet expert.

La découverte de Vaca Muerta (Vache morte), appelée ainsi parce que le bétail ne peut survivre dans une terre aussi désertique, remonte à plusieurs décennies et un puits de pétrole y fonctionne depuis 1984.

La maîtrise de nouvelles technologies, qui permettent d'accéder à des formations rocheuses auparavant inaccessibles grâce à des perforations horizontales, a ravivé l'intérêt pour ce gisement désormais hautement convoité.

REPSOL-YPF

(©AFP / 27 avril 2012 09h24)