Vietnam: ouverture du procès d'un pisciculteur devenu héros populaire


HAIPHONG (Vietnam) - Le procès d'un pisciculteur, qui avait utilisé des armes artisanales contre les forces de l'ordre venues l'expulser de sa terre, s'est ouvert mardi au Vietnam, pendant que des dizaines de ses partisans défiaient la forte présence policière à l'extérieur du tribunal.

La police a dispersé la foule venue soutenir Doan Van Vuon, rassemblée à distance du tribunal de Haïphong (nord-est) et arrêté trois militants bien connus, selon d'autres militants.

Selon le tribunal, sept membres des forces de l'ordre avaient été blessés en janvier 2012 lorsque que Vuon et sa famille avaient utilisé des fusils artisanaux pour s'opposer à une expropriation forcée dans le district de Tien Lang, à moins de 100 km de Hanoï.

Vuon, 50 ans, était alors devenu un véritable héros populaire dans le pays communiste où les questions foncières sont devenues très brûlantes.

Lui et trois autres hommes de sa famille catholique, en détention depuis l'incident, comparaissent lors de ce procès qui devrait durer jusqu'à vendredi pour tentatives de meurtre, une accusation passible de la peine de mort.

Son épouse et sa belle-soeur sont elles jugées pour résistance aux forces de l'ordre.

Vuon a assuré mardi que personne n'avait eu l'intention de blesser qui que ce soit. Nous voulions juste les menacer, a-t-il ajouté.

Même s'il savait se mettre hors la loi, il s'était senti obligé de combattre une expulsion qu'il jugeait illégale, a-t-il ajouté, indiquant avoir voulu attirer l'attention des plus hauts dirigeants du pays.

L'acte de défi de cette famille, très rare au Vietnam, avait déclenché une vaste campagne nationale de soutien en faveur des accusés. Le Premier ministre Nguyen Tan Dung, qui avait même jugé leur expulsion illégale, avait promis de poursuivre les responsables locaux corrompus.

Lundi prochain, cinq anciens responsables locaux seront jugés pour avoir détruit la maison de Vuon.

Les partisans de Vuon craignent qu'il ne soit condamné à une lourde peine pour susciter la peur chez ceux qui font face à des expulsions illégales et à l'injustice.

Si le gouvernement infligeait une peine clémente, cela pourrait pousser d'autres à réagir plus fortement, a déclaré à l'AFP le célèbre dissident Pham Hong Son, qui a passé des années en prison pour ses activités pro-démocratie.

Les litiges fonciers, qui se sont multipliés récemment, représentent 70% des plaintes déposées auprès des autorités. Le gouvernement affirme dédommager les habitants délogés, mais les sommes disparaissent souvent dans les méandres d'une administration corrompue.

(©AFP / 02 avril 2013 11h51)

News les plus lues